" L'aviation n'apparaît là que comme un prétexte, une transfiguration de la réalité, d'un milieu en une réalité supérieure. C'est pour moi l'exemple tangible qu'il y a en tout être, même si ce n'est qu'un modeste garagiste, une possibilité de se dépasser. L'expérience des Gautier peut sembler “criminelle “ à la plupart des gens, et c'est là un point de vue parfaitement justiciable. Je n'ai pas cherché à glorifier l'esprit d'aventure. J'ai seulement voulu montrer qu'il convenait de posséder une foi hors de soi-même. Ce qui importe, c'est de sortir de soi-même, de vivre, c'est à dire de “comprendre”. Et parfois, une passion peut faire que l'on y voit plus clair. Thérèse, qui n'était qu'une petite bourgeoise assez bornée et égoïste, est purifiée et grandie. Il ne faut pas oublier que son premier soin, à la descente d'avion, est de commander un piano pour Jacqueline. Sans la passion qui l'a elle-même dévorée, aurait-elle jamais compris qu'il existait des choses qui dépassaient l'homme ?
Dans Le Ciel est à vous, comme dans mes autres films, j'ai voulu raconter simplement une histoire simple. Je ne m'intéresse pas au destin. Mes personnages ne sont ni des héros ni d'effroyables monstres mais des gens simples, aux prises avec des circonstances qui, elles, sont exceptionnelles.
Je crois que le film est sorti un peu trop tôt, ou un peu trop tard. Il aurait eu, en octobre 1944, une tout autre résonance. Il est malheureusement sorti à une époque où les gens étaient saturés, affolés, et ne se montraient plus guère réceptifs. Si je me reporte à ce que je pensais à l'époque, je crois vraiment avoir tenté de faire passer dans mon film un message d'espérance; d'espérance plus que d'espoir. Rien n'est perdu tant qu'on espère. Et le leitmotiv de la chansons des fiançailles de Pierre et de Thérèse, la romance des Lilas et des Roses, évoque pour moi le poème d'Aragon."
Propos de Jean Grémillon (Radio Cinéma Télévision, 1956)