" Le destin de Patrice Lumumba résonne aujourd'hui encore comme une prophétie.

En Afrique comme en Europe, les enjeux de la décolonisation montrent jour après jour leur actualité. Seules les méthodes ont évolué. Qu'est-ce que l'indépendance dans un monde où s'affrontent blocs économiques ou blocs militaires, que signifient la démocratie, l'unité, la nation, le droit, quand les conflits entre peuples et ethnies se sont substitués aux débats de la cité pour mieux masquer les conflits d'intérêt.

Pourquoi Lumumba a-t-il déclenché cette brutalité, cet acharnement...

Pourquoi, d'entre tous les dirigeants qui ont marqué leur temps, a-t-il été gommé de l'histoire...

La figure tragique de Lumumba hante les puissants d'aujourd'hui comme ceux d'hier.

Lumumba dérange, il questionne notre époque sur ses tares passées et présentes.

Pendant 18 mois, j'ai été ministre de la culture de mon pays, Haïti. C'était un choix, mais aussi une urgence : à cause de mes films, de mon engagement et à cause d'un pays qui détruit, généra­tion après génération, ses richesses humaines.

J'ai ainsi vécu 18 mois d'une lutte politique dure, impitoyable dans un pays qui hésite encore entre populisme hégémonique et démocratie, au fil d'une histoire où le mot "démocratie" n'a jamais pu être autre chose qu'une idée sans tradition.

C'est avec cette expérience aussi riche que conflictuelle que je suis revenu au projet "Lumumba". Histoire de faire le point, à la lumière de mon parcours, sur un destin politique faussé et compromis dès l'origine. Histoire de revenir à un terrain dont je cerne mieux les contours. Histoire de remettre les pendules à l'heure, 40 ans après, sur un meurtre-sacrifice.

Histoire de dépasser mes douleurs, mes regrets, ma colère. Histoire.

Lumumba ne parle pas d'un événement local et dépassé. Il raconte une tragédie qui n'a cessé de résonner dans tous les drames récents de l'Afrique et de l'Europe, du Rwanda à la Yougoslavie.

Ni hagiographie, ni chronique, le film se veut l'approche moderne d'un héros historique, où s'entremêlent le romanesque et le politique, l'intime et le public, l'histoire individuelle et l'his­toire de tous."

Raoul Peck