Votre travail se situe entre l’art plastique et le documentaire, pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours ?
J’ai fait des études de philosophie et je me suis ensuite consacré à la peinture pendant dix ans. Un travail solitaire, avec des expositions en France et à l’étranger. A partir de 2007, je me suis consacré au cinéma suite à la rencontre avec une réalisatrice américaine avec qui j’ai réalisé un premier film White Horse, selectionné au Réel en 2008. S'en est suivi un parcours dans le cinéma expérimental avant de revenir au documentaire avec Road Movie sélectionné en 2011 au FID. Ce dernier film était tourné dans un institut psychiatrique à Caen, le même institut où j’ai tourné Liquidation.
Dans Liquidation, les très gros plans sur les gestes et le corps de votre protagoniste laissent deviner votre attention pour la matière picturale. Comment avez-vous fait vos choix de cadrage ?
J’ai tourné avec un boîtier Canon car je trouve que son rendu de l’image magnifie les matières. Je souhaitais retrouver une certaine sensualité de la peinture. Je me souviens très bien de l’état dans lequel j’étais quand je filmais Arnaud, le personnage : c’était comme une caresse, j’étais seulement à dix ou quinze centimètres de lui. C'est là que s’inscrit l’intention du film, en étant au plus près de la matière.
A plusieurs reprises, vous jouez avec un écran noir, puis un écran blanc : les touristes se perdant dans un couloir sombre comme s’ils se perdaient dans un fondu au noir, puis une page blanche habitée par une minuscule tache de couleur. Est-ce que ce film était pour vous une recherche formelle ?
Je ne pense pas faire un cinéma très formaliste, même si je travaille sur la forme. Pour moi, ce qui prime dans un film, c’est d’atteindre une organicité entre la matière et la forme, que le film s’ouvre de lui-même et ne soit pas guidé par des concepts extérieurs. Les noirs sont pour moi des éléments rythmiques, comme des pauses musicales. C'est peut-être ma sensibilité de peintre car dans une exposition, il y a des espacements à trouver entre les tableaux. Dans mes films je pense les séquences comme des tableaux, et parfois je ressens la nécessité d’un noir. Aussi, ce que j’aime dans le cinéma est l’émotion qui née au surgissement d’une image inattendue, comme une apparition.
Le travail du son est très caractérisé : le film démarre muet en laissant surgir les sons petit à petit et se termine sur une musique qui s'arrête abruptement. Comment avez-vous réfléchi le travail sonore ?
J’aimais l’idée d’« entre-entendre » des sons d’ambiance comme des présences extérieures. J’ai surtout travaillé l’ambiance sonore du Louvre en faisant se chevaucher des voix et en créant une polyphonie de langues qui contraste avec le silence et la solitude de cet homme replié dans son monde.
Par ailleurs, j’ai ajouté deux moments musicaux, des fragments d’un quatuor à cordes de Beethoven, qui s’arrêtent brutalement car je ne souhaitais pas qu’on s’installe dans une séduction trop facile de la musique. Le début muet n’était pas un choix d’emblée, ce n’est qu’au montage que je me suis rendu compte qu’il y avait une tension dramatique, quelque chose de fort dans le surgissement des sons. Comme pour les noirs, le silence magnifie la présence sonore.
Propos recueillis par Daniela Lanzuisi pour le Festival Cinéma du Réel 2013