" Tonia a progressivement effacé les vestiges de son identité masculine, dit-il, qui représentaient tout ce qu’elle ne pouvait pas contrôler : la discrimination due à son homosexualité, la masculinité de son corps, le nom de sa famille qui l’a rejetée, la paternité d’un fils né d’un rapport hétérosexuel pendant l’adolescenc e. Mais cette métamorphose est aussi sa tragédie. Tonia transforme son apparence sans jamais changer de sexe. Contre sa volonté et contre la vérité la plus urgente et la plus immédiate s’élève sa conscience la plus profonde ; ses convictions religieuses l’empêchent de parachever sa transformation.
Mourir comme un homme est inspiré des témoignages de travestis, transsexuels, médecins et gens du spectacle que j’ai interviewés pendant les mois préparatoires à l’écriture de cette histoire. Ils m’ont servi de points d’ancrage au réel pour inventer mes personnages et leur monde implacable. Je n’ai, cependant, jamais eu l’intention d’être fidèle à ces témoignages. L’écriture s’est plutôt conformée aux exigences de la construction romanesque, dialoguant avec les codes de la comédie musicale, du mélodrame et de la tragédie.
La tradition du film musical veut que l’on interrom pe l’action et son rapport avec le temps dramatique pendant les chansons – et c’est cela ce que j’ai voulu respecter, ainsi que les sujets des chansons dans leur façon d’exprimer des états d’âme et de refléter l’intériorité à la fois des personnages et du fil narratif qui se tisse. J’ai opté aussi pour remplacer l’imaginaire des chansons en espagnol ou en italien, qui caractérisent le show de travestis du Sud de l’Europe, par des chansons populaires en portugais dont les interprè tes originaux (Marco Paulo, José Cid, António Variações et Paulo Bragança) ont été, et sont toujours, aussi ridiculisés et minorisés tout comme les individus qui ont inspiré cette histoire. Je ne l’ai pas fait par souci de naturalisme ou pour coller à une iconographie camp, mais parce que je reconnais en certains de ces mots et de ces mélodies une poésie qui, malgré sa simplicité, possède un peu de cette fantaisie les personnages de Tonia et de Rosário."
Joao Pedro Rodrigues