"Le Judo est le sport que je connais le mieux, pour l'avoir longtemps pratiqué, mais j'avais dans l'idée de changer de sport en cours d'écriture, de parler d'athlètes par exemple. Mais l'histoire du régime que s'impose Mickael a pris tellement d'importance que le judo est devenu indéboulonnable. Un combat de judo, ce n'est pas toujours très agréable à regarder mais je savais ce que j'avais envie d'aller chercher. “ Politiquement ”, c'est intéressant : c'est un art martial qui a été inventé par un homme qui mesurait 1m55 et qui voulait développer une méthode de combat qui permette aux petits de battre les plus grands en utilisant la force de leur adversaire.
Ces équipes qui se forment autour de catégories de poids, c’est comique et en même temps c'est malin comme organisation : une équipe de judo, c’est comme une microsociété utopique où les handicaps de poids (beaucoup trop léger, un peu obèse) deviennent des avantages…On ne voit jamais de judo au cinéma mais, en France, c'est le 3e sport au nombre de licenciés.Tout le monde a fait un an ou deux de judo. Dans l'équipe, il y avait des techniciens qui avaient pratiqué le judo enfant et qui étaient vraiment émus de remonter sur un tatami ! C'est un sport qui marque d'abord… philosophiquement.
La scène d'amour, c'est une séquence que l'on a beaucoup chorégraphiée avec les acteurs, comme les combats de judo. Pendant la préparation, on avait un petit dojo pour nous tout seuls. Ce que font les trois ados, ça a du sens. On peut dire qu'ils font l'amour à trois mais forcément, à un moment, Mickael s'aperçoit qu'il a autorisé sa petite amie à faire l'amour avec un autre type. Il se retrouve spectateur et c'est forcé qu'il souffre de ça. Ce n'est plus du libertinage : il a fait acte d'allégeance. Il a appris à se priver de tout, et il est en train, bêtement, de se priver de sa petite amie. Assez injustement, il rend ses parents responsables de tout ça, puis Vanessa.
J'ai essayé de tourner la scène sans chercher l'ellipse. Mais faire l'amour à trois, ce n'est pas évident, et se retrouver à trois après l'amour, c'est très gênant ! Les garçons retrouvent leurs réflexes de sportifs, ils se jettent sur leurs gels-douche… Vanessa est dans un état plus contemplatif. Dans les vestiaires, littéralement, les choses se nouent et se dénouent, mais dans quel sens ? Vanessa, elle a un lacet autour du poignet, elle est sérieusement entravée, mais Clément, lui, ne défait même pas ses lacets de chaussures…
Avec Julie Peyr, qui a écrit le scénario avec moi, on pensait beaucoup aux romans de John Irving, qui utilise souvent la lutte, un autre sport de combat. C'est une manière simple d'aborder le sport : comme métaphore de la sexualité. Parce que le sport au cinéma, ça peut être vite chiant ! On a peut-être même un peu exagéré avec Vanessa qui a des courbatures le lendemain...
Dans cette scène où ils font l'amour tous les trois sur le tatami, les gestes sportifs deviennent des gestes tendres, sans que le passage de l’un à l’autre soit très marqué. Après, il y a quelque chose d'un peu athlétique et taciturne dans leur sexualité, une exagération que je trouve très drôle."
Antony Cordier