La relation de Lluís Miñarro avec le cinéma a commencé par la critique cinématographique et l’organisation de cinés-clubs pendant la lourde période du franquisme. En 1989, il crée à Barcelone sa propre entreprise Eddie Saeta, qui se consacre initialement à la production de spots publicitaires et, cinq ans après, à la production de longs-métrages cinématographiques.

Avec une structure de cinq personnes, en quinze ans, il a produit vingt trois films qui ont représenté l’Espagne dans les festivals internationaux les plus prestigieux : Cannes, Venise, San Sebastián, Locarno, Toronto, Karlovy Vary, New-York, Buenos-Aires, Shangaï... Il a travaillé entre autres avec Manoel de Oliveira, José Luis Guerín, Marc Recha, Albert Serra, Lisandro Alonso, José María de Orbe...

C’est un clair défenseur du cinéma d’auteur et des nouveaux réalisateurs. Le Festival Paris Cinéma lui a consacré une rétrospective en 2009 et il a partagé avec d’autres producteurs la Palme d’Or de Cannes 2010 pour le film Oncle Boonmee... de Apichatong Weerasathakul. Il a obtenu le Grand Prix de Karlovy Vary avec La Mosquitera d’Agustí Vila.

Le Festival Cinespana lui offre une carte blanche mais "résumer le cinéma espagnol en 6 titres est impossible, explique-t-il.  J’ai donc choisi de façon hétérogène des films qui pour moi ont été à un moment donné une révélation et qui, de plus, sont peu connus à Toulouse. Parfois, les films ne doivent pas être retenus pour leur perfection, cela est seulement le privilège des dieux, mais parce qu’ils sont de petites étincelles d’émotion, et c’est à partir de là que j’ai fait une sélection qui peut paraître capricieuse. De toute évidence, il existe de grands noms (Buñuel, Erice) et aussi de petits films réalisés par de grands cinéastes (Bardem, Berlanga). De grands absents également : aucun titre de Saura, Portabella ou d’autres grands cinéastes.

Par ordre chronologique de production Calabuig (1956) où un scientifique nucléaire se réfugie à Peñíscola, un petit village méditerranéen pas encore détruit par le développement touristique qui actuellement a défiguré le Levant espagnol. Un film qui va nous toucher sûrement. Viridiana (1961) produit par Ricardo Muñoz Suay et Portabella qui obtînt la Palme d’or pour l’Espagne à Cannes et sera interdit par la censure franquiste... Il leur a échappé...

Des Los pianos mecánicos (1965) inspiré d’un roman de Henry-François Rey, je me souviens des tournants de la route qui mène à Cadaquès, de l’été et d’une Melina Mercouri couverte de glaïeuls rouges au Raval. Je n ai pas revu ce film depuis mais je suis sûr qu’il conserve son étrangeté et une atmosphère lumineuse, à plein soleil.

1965, c’est aussi l’année d’un génie Campanadas a medianoche (Falstaff) de Orson Welles, produit par Emiliano Piedra, tourné en Espagne et qui montre les difficultés d un cinéaste universel pour faire du cinéma. Il sera présenté en 16 mm, la seule copie que nous ayons trouvée à la Cinémathèque de Valence. Et des heureuses années 60 nous passons à 1992 El sol de membrillo/Le Songe de la lumière, un rendez-vous incontournable et un des meilleurs films de notre cinématographie. Que nous reste-t-il ? Beaucoup encore.

Mais nous voici au 6ème titre et Guerín est là bien sûr. J’ai choisi ce film de ma propre filmographie En la ciudad de Sylvia/Dans la ville de Sylvia (2007). Tout d’abord parce qu’il se passe à Strasbourg qui est une mimesis de l’Europe semée de langues et de touristes. Ensuite parce que la ville garde des marques de Goethe, de Nerval, de Manet, de Tati et de la Nouvelle Vague. Et enfin parce que c’est un hymne à la beauté. Et qu’y a-t-il de mieux que la beauté...?

Il nous faut signaler une absence Las salvajes en Puente San Gil (1963) de Antoni Ribas. Un film quasiment inconnu. Une analyse des pulsions de l’Espagne profonde. J’aurais aimé le programmer mais nous n’avons trouvé aucune copie. C’est cela aussi Le Cinéma !"