Le Court-métrage

" Au printemps 2009, mon compagnon m’a parlé par hasard du magazine Butt. Ils réunissaient des vidéos pour organiser un événement. J’ai eu envie de réaliser quelque chose. A ce moment là, Butt était une référence de tendance et de bon goût dans le milieu gay alternatif. J’ai compris que si je réussissais à attirer leur attention, tout en restant fidèle quant à mes intentions, j’aurais une opportunité de faire un film.

Je voulais que ce soit intimiste, sexy, révélateur. Je voulais proposer une alternative, sans complexe, aux représentations homosexuelles populaires, qui en général me laissent indifférent et dans lesquelles, je ne me reconnais pas.

J’avais déjà réalisé des documentaires, ce qui m’apportait plus de précisions dans mes idées. Je filmais des types qui m’étaient presque inconnus avec l’idée qu’ils n’étaient pas bien représentés dans la culture gay mainstream. Ils partageaient leurs histoires d’amours, des épisodes de leur vie sexuelle... Peu à peu s’est formé un discours global sur ce que signifie être gay aujourd’hui à San Francisco. J’ai commencé à écrire un récit à partir de tout cela et en quelques semaines j’ai eu une première version de I Want Your Love.

Lorsque j’ai rencontré Jack Shamama à l’automne 2009, je n’avais aucune idée de ce qu’on pourrait penser de ce premier jet. Jack est producteur chez Naked Sword, une société de production de films porno. Il a vu In Their Room et a pensé qu’on pourrait travailler ensemble. Il a reconnu que je ne faisais pas du porno et que je travaillais dans un entre-deux.

Lors de notre première rencontre Jack voulait en savoir plus sur mon travail et m’a demandé à voir autre chose. Je leur ai envoyé le scénario du court métrage I Want Your Love.

Naked Sword a immédiatement exprimé son intérêt pour produire un film independant avec des scènes de sexe explicites non-simulées. Je me suis consacré au casting des deux acteurs amateurs qui joueraient les rôles. Je souhaitais travailler avec des amateurs qui étaient prêts à explorer la limite entre le script et leur propre vie privée. Je cherchais de l’authenticité."

Le Casting

" Dès le début le rôle a été écrit pour Jesse Metzger que j’avais rencontré plusieurs mois auparavant pour In Their Room. Recommandé par un ami d’ami, je ne connaissais presque rien de lui, si ce n’est qu’il était un artiste performeur, qui cherchait à aller au-delà des limites de l’image masculine traditionnelle. J’ai été immédiatement attiré par sa facilité à « jouer son propre personnage ».

Même les actions les plus banales semblaient désinvoltes. Si quelqu’un pouvait porter le film, c’était lui. Lorsqu’il a été sûr que Jesse jouerait le rôle principal, il nous a aidé à chercher son partenaire. Cela devait être quelqu’un avec qui il avait déjà eu une relation. Nous avons donc auditionné plusieurs mecs pendant un mois et nous nous sommes arrêtés sur sa première suggestion : Brenden."

Le Travail avec les comédiens

" Nous avons peu à peu élaboré une méthode : j’ai été clair sur le fait que pendant les répétitions, aucune ligne n’était trop précieuse pour qu’on la garde. Si certaines sonnaient mal, nous la remplacions par une autre qui semblait plus spontanée. L’improvisation a été la clé. Après avoir réécrit plusieurs fois les scènes, on laissait les scripts de côté et je les encourageais à être réactifs, à suivre l’autre dans ses improvisations, à répondre instinctivement, à résister à la tentation de jouer. Beaucoup de belles choses viennent de ces exercices.

Des scènes entières ont été directement intégrées au script du court métrage et sont restées dans la version longue. Le tournage a duré deux jours. J’ai tourné avec une équipe réduite composée d’un chef opérateur, d’un ingénieur son, et d’un premier assistant."

" On me demande souvent si je les filmais pendant qu’ils avaient des rapports sexuels en espérant que les prises soient bonnes. En fait ça ne se passait pas tout à fait comme ça. Ces scènes ont été répétées et légèrement dirigées, mais nous avons laissé une certaine place à la spontanéité. Il est important de donner aux acteurs de la liberté pendant ces scènes pour qu’elles ne semblent pas fausses, mécaniques ou pornographiques. Ceci étant, nous avons gardé des répliques précises et un déroulement global à suivre.

Du Court au long-métrage

" Après le succès du court, la production Naked Sword était très enthousiaste à l’idée de financer un long métrage. Je leur suis très reconnaissant d’avoir eu confiance dans mes idées peu orthodoxes sur le casting. J’étais catégorique : je ne voulais caster que des hommes qui ne faisaient pas partie de l’industrie du porno et qui avaient des corps " normaux " auxquels une large part du public peut s’identifier. J’étais par ailleurs bien moins intéressé par les lectures de scripts que par les réponses profondément personnelles que les participants pouvaient nous fournir. Les auditions ont été très simples : torse nu, assis sur un tabouret, chaque homme a répondu a une série de questions. L’entretien durait une trentaine de minutes. Je leur demandais ensuite de se masturber pendant quelques minutes. Il s’agissait de tester leur capacité à se sentir à l’aise devant des étrangers, des éclairages et des caméras."

" En parallèle, nous avons réuni une solide équipe technique. Je savais qu’il était essentiel de travailler avec des personnes en qui j’aurais confiance. Avec mon documentaire, j’avais beaucoup travaillé seul, mais il était clair que cette fois je devais déléguer et relâcher le contrôle que j’avais sur les choses. Il était temps d’envisager le film comme une grande collaboration."

" Les décors, les personnages, toute la sensibilité du film nous assuraient que la ville de San Francisco serait présente dans l’histoire. Nous savions que tout le film serait tourné là-bas. Ça a été un vrai défi de trouver un décor intérieur qui soit à la fois, assez grand pour qu’on puisse tourner et qui corresponde néanmoins au scénario. Pour finir nous avons choisi de filmer la plupart du film dans un appartement dans lequel j’avais vécu avec trois colocataires. Ils nous ont généreusement laissé l’appartement pendant trois semaines. L’espace paraît toujours plus grand qu’il n’est en réalité, une fois qu’on fait venir l’équipe et qu’on installe tout le matériel. Je ne sais même pas comment nous avons pu filmer dans des espaces aussi étroits, sans devenir fous. Je pense que c’est grâce à mon assistant réalisateur et au directeur de production qui ont fait preuve d’un calme à toute épreuve du début à la fin."

" Les deux semaines qui ont précédé le tournage, il y a eu des répétitions avec tous les acteurs. Suivant la même méthode que pour mon court métrage, je les ai encouragés à s’éloigner du script quand ils en sentaient le besoin. J’ai aussi encouragé les acteurs – particulièrement ceux qui avaient des scènes de sexe – à se fréquenter, à partager des secrets.

Il fallait que la curiosité et l’intimité prennent forme rapidement. Le premier jour du tournage, il était évident qu’une complicité était née entre nous tous. Le tournage a duré deux semaines en mars 2011. C’est de loin le projet le plus difficile et le plus enrichissant de ma vie. J’ai rapidement appris que la clé de la réussite – mais surtout pour subsister – était de rester conciliant.

On a beau contrôler toutes les variables, la surprise est une constante et c’est la manière dont on réagit à la surprise qui fait la différence. On n’a pas la possibilité de faire longues délibérations ou de stopper le tournage. Les décisions doivent être prises rapidement tout en étant réfléchies."