Porté par la splendeur du décor insulaire, Charlie McDowell embrasse la légèreté de la chronique estivale, relâchant les mailles du récit pour mieux distendre le temps. Laction se fragmente ainsi en une myriade de petites aventures qui dessinent, par touches, les relations entre les personnages, tout en restituant la texture cotonneuse des souvenirs. Les escapades enfantines sont émaillées de plans purement contemplatifs sur la nature environnante, dessinant en creux l’éducation dun regard : la grand-mère, campée par une Glenn Close méconnaissable, invite sa petite-fille à appréhender le monde autrement, en se rendant disponible à la richesse du vivant.

Tandis que le père interprété par Anders Danielsen Lie (l’acteur fétiche de Joachim Trier) reste en retrait, le duo féminin, construit en miroir, constitue le véritable moteur du film. Aux deux extrémités de la vie, elles incarnent un mouvement cyclique qui s’inscrit dans des rythmes naturels plus larges, comme le suggère la fête du solstice d’été au milieu du film. Au contact d’une nature tour à tour accueillante, menaçante, voire cruelle, se dessine en filigrane une fable philosophique, où création et destruction, commencement et disparition, ne cessent de sentremêler.


Tout en conjuguant sérénité et espièglerie, The Summer Book interroge ainsi le rapport à la mort et au deuil, que ce soit à travers le fantôme de la mère, ou bien la disparition prochaine de la grand-mère. Derrière sa légèreté, le film livre l’air de rien une méditation sur la finitude, où apprendre à vivre avec la conscience de la mort semble être la condition pour donner tout son relief à l’existence. Loin dasséner cette morale avec pesanteur, le film emprunte une voie douce et mélancolique, déployant une profondeur sans gravité qui lui confère le charme du conte.