Il serait réducteur de voir le teen movie comme un genre mineur. Si sa création répond à un objectif purement commercial, celui de viser le public adolescent comme nouvelle cible marketing, les réalisateurs et réalisatrices s’en sont emparés pour explorer les genres et les sujets.
Prémisses de ce genre purement américain, les « proto-teen movies » mettent en scène les idoles des jeunes dans les années 1950 : Marlon Brando dans L’Equipée Sauvage (1953) ou James Dean dans La Fureur de Vivre (1955). George Lucas et John Landis poursuivent les tâtonnements du teen movie avec American Graffiti (1973) et American College (1977), avant son explosion dans les années 1980 avec les films de John Hughes (Seize bougies pour Sam, La Folle Journée de Ferris Bueller…).
A l’occasion de la sortie de Bubble, d’Aleksi Salmenperä, en exclu dans l’abonnement, la rédaction vous propose une sélection des meilleurs teen movies disponibles sur Universciné. Du fondateur Breakfast Club, aux relectures du genre par des cinéastes contemporains, le teen movie est multiple, traverse les genres et les époques. Parce que nous sommes toutes et tous d'éternels adolescents.
Le teen movie culte de John Hughes, qui établit les bases du genre. Le réalisateur dépasse l’aspect archétypal de ses personnages adolescents (le rebelle, l’intello, le sportif, la gothique et la fille à papa…) pour dresser le portrait d’une génération et de ses aspirations. La construction de l’identité, la pression parentale, le rejet du puritanisme et des injonctions faites aux jeunes, John Hughes aborde frontalement des tabous jusque-là absents des films pour ados. Sans oublier le générique sur le morceau Don't You (Forget About Me) de Simple Minds, devenu iconique.
La version Apatow : Supergrave (Greg Mottola, 2007)
La légende raconte que Seth Rogen et Evan Goldberg auraient écrit le scénario à l’âge de 13 ans. Supergrave a gravé dans le marbre ses personnages d’ados prêts (mythique et éternel McLovin) à tout pour connaître leur premiers émois sexuels (avec une autre personne du moins). L’esprit Apatow infuse tout le film : des 186 fois où le mot fuck est prononcé jusqu’à sa galaxie d’acteurs réguliers. Mais derrière le délire alcoolo-vulgo-sexué se profile une vraie belle histoire de bromance et d’adieu à l’enfance.
La version BD : Les Beaux Gosses (Riad Sattouf, 2009)
La trogne d’un Vincent Lacoste mal fagoté, boutonneux, repoussoir à filles, est inimitable. Sattouf continue à scruter les ados comme il le fait depuis des années dans ses planches de La vie secrète des Jeunes. En fin observateur à l'œil amusé, Sattouf dresse un portrait au vitriol des nouvelles générations confrontées au même mal que toutes celles avant elles : l’adolescence.
Un été dans la vie du jeune Stevie. Celui durant lequel il va sortir de l’enfance pour devenir un ado, avec une bande de skaters plus âgés qui le prennent sous leur aile. Pour ce premier essai, Jonah Hill, au scénario et à la réalisation, se plie aux codes et archétypes du genre pour se concentrer sur le portrait intimiste et juste d’un ado qui se cherche. L’apparente simplicité de la mise en scène laisse place à l’émotion subtile et à la mélancolie du Los Angeles des années 1990, encapsulée dans le format 4/3.
La version française : La Boum (Claude Pinoteau, 1980)
Intemporel pour beaucoup, La Boum a bercé plusieurs générations d’ados français (et peut-être même leurs parents). Kitschissime pour ceux qui le découvriraient aujourd’hui, sommet de romantisme pour d’autres, le film de Claude Pinoteau explore avant tout le mal-être d’une jeune Sophie Marceau, future actrice préférée des Français, face à ses problèmes existentiels. Et ce slow de Richard Sanderson…
La version horrifique : It Follows (David Robert Mitchell, 2015)
Pour son deuxième film, David Robert Mitchell revisite le genre en croisant teen movie et slasher surnaturel, en suivant des adolescents poursuivis par une malédiction sexuellement transmissible. La tendresse adolescente filmée dans une douce lumière nostalgique de fin d’été tranche avec l’efficacité de la mise en scène, sublimée par la BO carpenterienne de Disasterpeace. Le format scope renforce le côté horrifique, les yeux du spectateur scrutant l’intégralité du cadre afin d’y déceler la menace. Un conte cruel sur le passage à l’âge adulte, présenté en compétition à la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2014 et Grand Prix du festival du film fantastique de Gérardmer.
Avec son premier film (et sûrement son meilleur), Sofia Coppola livre un teen movie dramatique, éthéré et mélancolique, aussi lumineux que son sujet est sombre. Adapté du roman éponyme de Jeffrey Eugenides et inspiré de Pique-Nique à Hanging Rock de Peter Weir, le film raconte lui aussi le malaise adolescent et le destin tragique de jeunes filles, sublimées par le souvenir lointain de leurs anciens camarades de classe. Porté par la musique aérienne du groupe français Air, Virgin Suicides offre à la toute jeune Kirsten Dunst l’un de ses premiers grands rôles. Un incontournable des années 1990.
La variante glam’ des 90s’ : Clueless (Amy Heckerling, 1995)
“Ugh as if … “ Cela fait plus de 25 ans que Cher Horowitz et sa bande d’amis ont enchanté nos vies sur grand écran par leurs répliques cultes. Depuis, Clueless est passé du statut de comédie pour ados des années 1990 à celui de classique. Cher pense shopping, sorties, potins entre copines et futures conquêtes. Le film tient de bout en bout son second degré dévastateur et son regard tantôt tendre tantôt acerbe sur des lycéennes d’une banlieue huppée de Beverly Hills. Agaçantes et superficielles au premier abord, attachantes et brillantes si on accepte de les côtoyer.
Pour son troisième film, Céline Sciamma a installé l’engagement féministe de son cinéma en plein cœur de la cité. En se battant, en parlant fort, et en chantant sans réserve Diamonds de Rihanna, des jeunes filles luttent contre leur milieu hostile, empreint de domination masculine et de précarité. Le regard bienveillant de Céline Sciamma filme ces marques d’émancipation comme des chroniques séparées dans le montage par des fondus en noir. Le goût de la liberté est une quête sans fin pour ces adolescentes.
La version nostalgique : Le Péril jeune (Cédric Klapisch, 1995)
Une bande de copains vivent simultanément la mort d’un de leur membre et la naissance de son enfant. Entre bonheur et tristesse, ils se remémorent le souvenir de leur jeunesse dans les années 70. Cédric Klapisch aborde avec douceur la thématique de la nostalgie dans sa part de regret. Au-delà des outils mémoriels comiques tels que les coupes de cheveux improbables, le cœur du film est plus angoissant qu’il n’y paraît. En utilisant le flashback comme procédé narratif, le cinéaste français montre l’insouciance de la jeunesse faire le dos rond devant le temps qui passe. Car comme on le sait, on ne vit qu’une seule fois les joies de nos 18 ans.
Pilier de la filmographie de Kathryn Bigelow, qui lui a valu les Oscars du meilleur film et de la meilleure réalisation, ce long-métrage d’action immersif interroge l’addiction à l’adrénaline et le pouvoir captivant de la guerre.
Le documentariste Piero Usberti signe un film de voyage qui le replace avec humilité là où il se trouve : dans la peau de l’étranger, celui qui observe attentivement et capte tout à la fois la résilience et la singularité du peuple palestinien.
Le film de la consécration pour Nicolas Winding Refn. L’adaptation du roman éponyme de James Sallis s’est installée au Panthéon de la culture populaire grâce au tube Nightcall de Kavinsky et à la performance tout en retenue de Ryan Gosling.
Lilly Hu réalise un premier long métrage délicat, dans la lignée de Fish and Elephant, incontournable du cinéma lesbien chinois. Caméra à l’épaule, elle part à l'assaut de deux cœurs errants dans Changsha, ville bouillonnante et inépuisable.
Parce que l’histoire de Cendrillon a connu bien des versions littéraires : celle de l’italien Giambattista Basile, celle du Français Charles Perrault et celle des Allemands les frères Grimm.
Débuté en 1946 mais sorti en 1980, Le Roi et l’Oiseau, adapté d’un conte d'Andersen, s'impose comme le mètre étalon de l'animation française. Paul Grimault et Jacques Prévert signent une œuvre universaliste traversant les époques.
Une Anglaise rend visite à son frère, médecin dans l'armée d'occupation à Berlin et marié à une Allemande. Celle-ci entraîne sa belle-soeur dans Berlin-est...
Véritable tour de force esthétique utilisant la technique des papiers découpés, ce film d’animation s’impose comme une pièce majeure de l’histoire du cinéma. Une symphonie épique inspirée des Contes des 1001 Nuits et de l’expressionnisme allemand.
Ce mélodrame teinté d’americana, le terreau de son cinéma, prouve la versatilité de Jeff Nichols. Adaptant l’histoire vraie de Richard et Mildred Loving, il signe un vibrant pamphlet antiraciste doublé d’une œuvre aussi magistrale que poignante.
Une jeune femme rencontre un homme dépressif. Ces deux personnes fragiles se lancent dans une relation maladroite, chacune empêtrée dans ses problèmes.
Le Manoir Magique confirme le talent de Ben Stassen (Fly Me to the Moon) en matière d’animation franco-belge. Rythme effréné et personnages haut en couleurs portés par les valeurs émancipatrices du collectif sont au cœur de cette aventure familiale.
Symcha Zweifler, patriarche à la tête d'un empire, souhaite vendre son affaire mais est soudainement confronté à son passé dans le quartier rouge de Francfort.
Confirmant leur statut de cinéastes ambitieuses, les Wachowski transforment un manga des années 1960 en manifeste visuel pour les années 2000, ébouriffant hybride entre folles expérimentations formelles et ode à la culture pop.