Quelle a été votre réaction en lisant le scénario de Laure Duthilleul ?
Je l'ai lu comme une nouvelle de Maupassant. Il n'y avait pas d'indications «Intérieur Jour», «Extérieur Nuit». J'ai tout de suite été plongée dans l'univers de Laure. Je ne me suis pas posé de questions. L'identité entre elle et moi était repérable. Et puis j'ai rencontré Laure. Elle avait la même authenticité, la même simplicité, la même intelligence que dans son scénario.
A ce soir est un film personnel, comme le sont souvent les premiers films de metteurs en scène. Je pense, par exemple, aux 400 Coups de Truffaut. Ce film, je l'ai ressenti comme un besoin vital, quelque chose qui devait sortir. J'y suis allée en toute confiance car je sentais que c'était vrai. Laure est une terrienne, une battante, elle ne s'apitoie pas, elle montre des émotions.
Le sujet ne vous a pas effrayée ? Ce mort omniprésent...
J'ai ressenti cette histoire comme une histoire de vie. La mort tombe sur vous, c'est un tel choc, une guillotine. Il n'y a plus rien et on ne sait pas ce que c'est que ce rien. Pour nous, vivants, il est impossible d'appréhender ce que signifie «ne plus être». Cela vous précipite dans quelque chose de tellement inconnu et de tellement proche à la fois que c'est la vie qui prend le dessus. Comment vivre après ça ? Comment survivre ? Dans la terre, dans l'eau ? Dans cet endroit si important pour Laure ?
Elle parlait sans cesse de la nature, de la forêt, des couleurs. Elle venait chez moi avec un vase plein de sable, des fougères, des aiguilles de pins... Elle me disait : «Ça c'est mon film». Beaucoup de moments du film racontent l'autre côté de la tragédie, ce qui parfois peut être comique. Que faire de ce cercueil qui ne passe pas par la porte ? Comment s'en débarrasser ?
C'est poétique, drôle, mais cela parle aussi de la difficulté de dire les choses, et de la frustration devant la mort qui n'arrive jamais au bon moment. Manuel et Nelly ne se sont pas parlés quand il était vivant. Et puis il meurt. C'est terrible.
Pour Laure, il était évident que vous deviez interpréter Nelly.
Laure avait en tête tout son film. Les personnages mais aussi les décors, les vêtements, les couleurs, la forme et le mouvement. Elle est très précise dans son travail. Elle sait ce qu'elle veut mais elle écoute aussi beaucoup. Elle est tellement claire qu'elle n'a pas même besoin de l'exprimer. On comprend tout de suite.
N'avez-vous pas pensé au risque de jouer dans un premier film ?
Ce n'était pas un risque. Je fais du cinéma pour jouer dans des films comme celui-là, pour rencontrer des gens comme Laure. Cela doit aussi correspondre à ce que j'ai en moi et à ce que je suis. Ce film est une des plus belles expériences de cinéma que je n'ai jamais eues.