Cookie's fortune aurait-il pu se passer ailleurs que dans le sud des Etats-Unis ?
Bien sûr... mais pas de cette façon-là. Dans le Sud, le rythme et les attitudes sont plus lents. On le voit à l'importance de la pêche dans l'histoire... Notamment quand quelqu'un dit que le suspect ne peut pas être coupable. On lui demande pourquoi et il répond : « Parce que je pêche avec lui.» Je crois qu'aller à la pêche dénote un caractère. Dans le film, cela implique aussi une appartenance sociale. Lorsqu'on observe les gens du Sud, on comprend tout simplement que la pêche fait partie intégrante de leur existence. Je téléphone un jour à mon fils parce que j'attendais son appel et j'étais inquiet. « Qu'est-ce qu'il se passe ? » Il m'a juste répondu : « Mais j'étais à la pêche », comme si c'était une excuse suffisante.
La dernière scène, c'est une partie de pêche qui s'annonce très apaisante, après toutes les complications d'une enquête policière...
...et après toutes les complications qui sont dans la tête des personnages. Camille (Glenn Close), par exemple, ne pécherait pas. Sa vie est une pose. Elle a été jusqu'à nier l'existence de sa propre fille. Mais ce qui est tout aussi important que l'ambiance du Sud, c'est que ça se passe dans une petite ville. Les attitudes diffèrent. Là, tout le monde se connaît. Impossible d'ignorer la vérité. Alors, on fait souvent semblant de ne rien voir.
Pourtant, avec Cookie's Fortune, vous êtes nettement moins cynique que d'habitude, non ?
Il paraît. C'est un film qui provoque la sympathie.
Tous les personnages sont très attachants et, dans la comédie, vous allez parfois jusqu'à la farce.
Ça, c'est venu sur le tournage. Le scénario était écrit avec humour, mais on a parfois été plus loin que prévu. Pour la scène d'amour, par exemple, je voulais que ce soit spontané et sexy. Grâce aux comédiens, qui ont apporté beaucoup de fantaisie, c'est devenu possible. C'est un film qui s'est tourné vite, et avec beaucoup de plaisir.
Vous avez un secret, pour réunir à chaque film autant de stars, même dans des petits rôles ?
La liberté. Les acteurs savent qu'avec moi leur travail est toujours pris en compte et, en plus, qu'ils auront, s'ils le veulent, la possibilité d'improviser. Certains adorent. D'autres préfèrent tout contrôler. Il n'y a pas de méthode. Il faut s'adapter. C'est le but des répétitions : s'accorder. Mais, bien avant, dès que j'ai établi la distribution, je sais comment seront les acteurs. C'est pour ça que je les choisis !
On sait que vous adorez la musique...
Pour Cookie's Fortune, je l'ai même sélectionnée avant les acteurs. Elle donne le rythme. Le deep blues situe le film géographiquement et reflète les mentalités. La musique tient là un rôle essentiel. Elle prépare le spectateur au film, lui ouvre un accès. Du film, la musique serait... comment pourrait-on dire ? son âme ?
Propos recueillis par Philippe Piazzo