Javier Rebllo, sur La Mujer sin piano :

"... Je ne voyage pas beaucoup, et il ne m’arrive jamais rien d’extraordinaire… mais je suis dans le monde, je vis dans un quartier, je vais dans des bars et je prends les transports en commun. Et j’ai énormément de tendresse pour les petits personnages, insignifiants, gris comme moi, j’aime à les regarder, observer leurs mouvements…

Hier, en revenant d’Ávila en train, un couple, près de moi, a passé tout le trajet à s’embrasser. Je me demandais qui ils étaient, je les ai pris en photo. Il s’agit d’observer, parce que c’est une chose de regarder, et une autre d’observer, de même que c’est différent de voir un film et de le regarder… et je crois que la capacité d’observation est le plus important pour un cinéaste…

Beaucoup des cinéastes que j’admire avaient une grande capacité d’observation. D’où vient l’humour de Charles Chaplin ou de Jacques Tati ?

De l’observation des petits personnages de la vie quotidienne qu’ils emmènent dans leur univers. Cela n’a rien à voir avec le voyeurisme, car dans le voyeurisme, il y a une composante sexuelle. Alors qu’un observateur regardera sécher un mur, l’évolution d’une grue sur un chantier, ou une femme qui se promène. La chose la plus insignifiante peut devenir passionnante si tu la regardes avec attention.

C’est pour cette raison que, pour faire un film, il n’y a pas besoin de parcourir l’univers, d’aller à Lepante ou à Pompéi, il suffit d’aller acheter une baguette. José Luis Guerín a voulu faire un film d’un pain de glace en train de fondre. Tout est observation, puis style..."