Lorsqu’Erez Tadmor et Sharon Maymon ont rencontré les producteurs Avraham Pirchi et Tami Leon, chez UCM, ils savaient qu’ils tenaient une formidable idée de scénario. Tout comme ses confrères d’UCM, Chilik Michaeli a été séduit par le projet. Pour autant, la question du choix des acteurs était loin d’être résolue…

Avraham Pirchi : “Nous sommes allés aux répétitions et nous avons dit aux deux réalisateurs qu’ils avaient réussi à nous faire rire à partir d’un sujet très émouvant.”

Sharon Maymon : “Au départ, je voulais écrire un scénario sur l’acceptation de soi et je me suis dit qu’à travers le sumo et la rébellion contre la dictature de la minceur, je pouvais aborder ce thème-là de manière originale.”

Chilik Michaeli : “Le film incite à accepter les autres tels qu’ils sont et à s’assumer tel qu’on est. Il explique aussi qu’on peut être heureux et en paix avec soi-même, malgré sa différence.”

Une intrigue ancrée à Ramlé “Sumô raconte l’histoire d’une bande de copains obèses de Ramlé qui décident d’arrêter le régime et de monter un cours de sumo grâce auquel ils arrivent à mieux s’accepter," explique Sharon. "On dit souvent qu’on peut quitter un quartier, mais qu’un quartier ne vous quitte pas… Du coup, quand j’écris, je reviens à Ramlé car c’est là que j’ai grandi. Je raconte des histoires que je connais et je parle de mon quartier et de l’odeur du marché… Ramlé est ma principale source d’inspiration, quoi que j’écrive. La scène de compétition de sumo a été tournée dans le stade de mon ancien lycée.”

 

Un comédien difficile à convaincre

Erez Tadmor : “Itzik Cohen est surtout un acteur de théâtre. Nous l’avons contacté parce que nous voulions qu’il interprète le rôle principal. Quand nous lui avons dit de quoi parlait le film, il a immédiatement refusé. Il ne souhaitait même pas en savoir plus. “Un film sur des obèses ? Je ne veux même pas en entendre parler !, a-t-il dit.

Itzik : “Quand on m’a proposé le rôle, ma première réaction a été de dire non. Je suis très pudique, je ne vais pas à la plage, je ne m’habille pas devant les autres… Je plaisante toujours en disant que je prends ma douche tout habillé !”

Après avoir été relancé à plusieurs reprises par les réalisateurs, le comédien a fini par accepter de les rencontrer.

Erez : “Quand nous l’avons vu, nous lui avons raconté l’intrigue et il a consenti à lire le scénario.”

Itzik : “Une fois que j’ai lu le scénario, je ne leur ai rien dit du tout. Ils sont revenus à la charge et, finalement, j’ai accepté de participer à une présentation du projet au Film Fund.” Pour cette présentation, il fallait que les quatre comédiens principaux – Itzik, Dvir Benedek, Alon Dahan et Shmulik Cohen – portent le mawashi. “Quand nous avons posé pour la séance de photos, j’ai exigé que personne ne voie le résultat,” explique Itzik. “Mais au final, les photos n’étaient pas si mal et elles dégageaient une vraie force.”

Sharon Maymon : “Je me souviens qu’au cours de cette présentation, nous avons demandé aux comédiens de nous rejoindre. Les quatre sont entrés dans la petite salle du Film Fund : ils étaient énormes et prenaient toute la place et, du coup, on ne pouvait plus respirer. Quand les membres de la Commission les ont vus, ils ont éclaté de rire.”

Erez : “Peu de temps après, nous avons recontacté Itzik et il nous a dit : “Bon, j’ai lu le scénario, il m’a beaucoup plu et je veux bien tourner le film.” On lui a dit qu’on était tous d’accord, mais avant même qu’on puisse s’en réjouir, il nous a prévenus : “si je le fais, je garde ma chemise.” On lui a répondu : “Comment ça tu gardes ta chemise ? Pendant la moitié du film, tu es censé être à moitié nu et porter le mawashi.” Il nous a dit : “non, non, impossible. Cela me pose un gros problème et je ne pourrai par retirer ma chemise.”

Dès le premier jour du tournage, les réalisateurs ont décidé de guérir le mal par le mal puisque Itzik Cohen s’est retrouvé immédiatement en mawashi.

Itzik : “Le premier jour du tournage, je devais courir après le bus en mawashi rouge. Je me souviens que je suis descendu de chez moi en peignoir, un peu inquiet, sans vraiment savoir comment j’allais m’en sortir. Mais en fait, dès l’instant où j’ai fait tomber le peignoir, cela ne m’a plus du tout posé le moindre problème pour le reste du tournage.”

Itzik résume la situation en souriant : “Aujourd’hui, je vais à la plage et à la piscine sans me sentir gêné du tout. Avant ce film, quand je jouais au théâtre et que je devais enfiler un costume, tous les gens autour de moi savaient qu’ils devaient quitter la pièce car je ne laissais personne me regarder me changer. Désormais, cela m’est égal. J’ai franchi une étape et je m’accepte beaucoup mieux. Quand j’ai raconté cela à l’un des producteurs, il m’a répondu : ‘C’est toi qui aurais dû nous payer – pourquoi devrions-nous te payer ? Après tout, nous avons réussi à te soigner sur un plan psychologique.”

 

Les personnages

Itzik Cohen : “Herzel, 35 ans, au chômage, vit avec sa mère à Ramlé. Il n’arrive pas à trouver de travail, il n’a pas de petite amie – c’est un type triste et solitaire. Il trouve un boulot dans un restaurant japonais où on ne se moque pas de son surpoids, contrairement aux gens qu’il côtoie dans son groupe de régime. Les employés du restaurant le considèrent comme un lutteur de sumo et il décide alors de mettre un terme à son régime, pour combattre la dictature de la minceur et monter une équipe de sumo à Ramlé.”

Irit Kaplan : “C’est mon premier tournage, et j’espère bien que ce n’est pas le dernier. Au départ, les réalisateurs ne savaient pas vraiment comment définir le personnage de Zehava. Peu à peu, au cours des répétitions, nous avons trouvé un terrain d’entente : j’ai réussi à m’approprier le personnage, mais Zehava m’a aussi influencée. Zehava est une femme tendre et généreuse, qui sait faire preuve de compassion, mais qui a souffert suite à plusieurs relations amoureuses et qui en a gardé une certaine vulnérabilité. Elle vit seule, fait partie d’un groupe de régime, et sa vie n’est pas facile, d’autant qu’elle travaille avec des femmes détenues qui ne la ménagent pas.”

Shmulik Cohen : “Je campe Sammy, journaliste pour une petite chaîne de télé de Ramlé. Depuis toujours, il aspire à travailler pour la télévision et il recherche des sujets pour justifier son existence et pour se faire embaucher sur Channel 2 (la plus grande chaîne de télé du pays). Quand j’étais gamin, j’étais gros, mais j’étais surtout costaud. Je cassais la figure à tous ceux qui se moquaient de moi à cause de mon poids.”

Alon Dahan : “Gidi a la trentaine, tout comme moi. Il a un stand de shawarma. Au cours de l’histoire, Gidi assume son homosexualité et se rend compte qu’il y a des hommes qui trouvent son surpoids sexy et attirant." Il explique : "Comme Alon, je m’assume tel que je suis. Si je fais un régime, c’est pour des raisons de santé, pour me sentir mieux dans ma peau et plus fort, mais pas pour plaire à qui que ce soit. Je suis le plus mince – si on peut dire – des quatre protagonistes. J’ai pris 15-20 kg pour le rôle.”

Dvir Benedek : “J’ai vécu des moments dans ma vie où je me suis dit que j’étais trop gros pour avoir une relation amoureuse, et j’ai donc suivi des régimes. Mais j’ai compris que ce n’était pas fait pour moi. Est-ce que je me reconnais dans le personnage ? Il y a très peu de points communs entre Dvir et Aharon. Dans le film, j’incarne Aharon qui ne se plaît pas et qui est constamment au régime. De mon côté, je m’assume tel que je suis. Aharon n’est pas heureux en ménage, alors que Dvir est heureux dans son couple. Aharon suit sa femme lorsqu’il la soupçonne de le tromper. Ce n’est pas le cas de Dvir. Les gens gros ont tendance à être obsédés par leur poids, ce qui les empêche de s’occuper des choses importantes de la vie. Grâce au sumo, on s’accepte mieux physiquement et on est alors capable de s’attaquer aux vrais problèmes de l’existence.”

Les réalisateurs ont rencontré Togo Igawa sur le tournage de Speed Racer. “J’ai rencontré Erez et Sharon à Berlin pendant le tournage," explique Togo. "Ils m’ont demandé de lire une scène en hébreu et c’est alors que la torture a commencé,” ajoute-t-il en précisant que la prononciation de l’hébreu lui a posé problème. Erez : “Togo Igawa est un acteur anglais d’origine japonaise. On voulait qu’il s’exprime en hébreu, mais c’était très difficile pour lui. Nous avons réussi à le convaincre grâce à Yoni Lokatz qui est répétiteur, et il a appris son texte. C’était formidable de travailler avec Togo, car c’est un type très drôle.”

Sharon : “Togo campe Kitano, mentor du groupe de sumo. Mais Kitano fait aussi partie de la communauté des sionistes japonais, et il fallait donc qu’il ait l’accent israélien, voire l’accent de Ramlé.”

 

Répétitions et tournage

Erez : “Trois mois avant le tournage, Itzik Cohen, Dvir Benedek, Alon Dahan et Shmulik Cohen ont commencé leur entraînement sous la direction de l’instructeur de sumo israélien Eldad Ben Hurin.”

Eldad : “J’ai dit aux acteurs que je serais impitoyable, que je m'en moquais pas mal s’ils souffraient et que je ne leur accorderais pas de pause.”

Alon Dahan : “Eldad nous traitait comme de vrais pros et, dès 9h du matin, il n’arrêtait pas de nous dire “Pourquoi vous n’êtes pas debout ?”, “Pourquoi vous n’êtes pas minces comme moi ?”, “Pourquoi vous n’êtes pas beaux comme moi ?””

Itzik : “La raison pour laquelle j’ai arrêté les cours de judo en CE2, c’est parce que le prof aimait faire sa démonstration sur moi : après tout, j’étais un peu enveloppé et la graisse, c’est élastique. Une fois qu’il avait fait sa démonstration sur moi, j’avais la moitié du cerveau paralysée. Du coup, j’ai dit que j’en avais assez.”Sharon : “On voulait que les acteurs comprennent ce qu’on attendait d’eux et de leur interprétation. Leurs gestes étaient réglés de manière extrêmement précise et professionnelle.”

Erez : “Au départ, tout s’est bien passé, mais au fur et à mesure de l’entraînement, les choses sont devenues beaucoup plus compliquées parce que nos gars ne s’entraînaient pas vraiment. Et tout d’un coup, Eldad s’est mis à leur faire faire trois séances d’entraînement par semaine.”

Dvir : “On ne se rend compte que c’est douloureux que lorsqu’on s’y met vraiment.”

Erez : “Quand Dvir Benedek était plus jeune, il souhaitait devenir lutteur et, après s’y être frotté quelque temps, il s’est rendu compte qu’il n’était pas fait pour ça car c’est un sport qui fait trop souffrir. Aujourd’hui, il a bouclé la boucle grâce à ce film.”

Alon : “Ce qui m’a effrayé pendant le tournage, c’est que je donnais des coups et que je n’aime pas frapper mes amis.”

Shmulik :“Ils me disaient que je les frappais trop fort.”

Itzik :“C’est Shmulik qui me faisait le plus peur. Hors caméra, il nous bottait les fesses avant qu’on tourne les scènes d’action.”

Irit se souvient se souvient d’une scène difficile où les détenues lui lancent du brocoli au visage et se moquent d’elle. “C’était très pénible : il y avait 30 femmes qui me hurlaient dessus et qui me lançaient des kilos de brocoli,” explique-t-elle. “Cela fait mal à la fois physiquement et émotionnellement. C’est très fort et ça va vous remue. Je n’ai jamais été spécialement maigre, mais disons que je suis devenue très grosse il y a quelques années à cause d’une crise que j’ai traversée – une crise sentimentale.”

Erez : “Je me souviens qu’un jour Sharon a reçu un appel de la petite amie d’Alon Dahan qui lui criait qu’elle ne voulait pas qu’on demande à Alon de prendre du poids. “Il vient d’être opéré, il a mal, ne le faites pas grossir !” Rappelez-vous que le tournage s’est déroulé en décembre, au coeur de l’hiver : nous portions des manteaux et les acteurs couraient dans la forêt en mawashi, et ils étaient morts de froid ! On tournait et, entre les prises, ils couraient se réfugier dans la caravane pour se réchauffer.”