1. Le fait que Banning-Cocq porte une tenue noire satanique a-t-il une signification ?

2. La tenue de Willem Van Ruytenburch est dorée et brillamment éclairée. Cela a-t-il un sens ? Un iconoclaste l'a certainement pensé lorsque, au Rijksmuseum, il a tailladé les deux personnages, en pensant au bien et au mal.

3. Une telle différence de taille entre les deux hommes n'est-elle pas curieuse ? Willem Van Ruytenburch arrive à peine au niveau du cou de Banning-Cocq. La simple bienséance aurait voulu qu'ils soient représentés de la même taille : Van Ruytenbuch semble diminué en étant représenté ainsi.

4. La main tendue de Banning-Cocq semble ne pas s'intégrer correctement au bras ou à la manche. Y a-t-il une raison pour cela ?

5. Il y a une ombre très démonstrative de la main de Banning-Cocq sur le ventre de Willem. Est-ce une provocation délibérée d'ordre sexuel ?

6. La pointe de la lance que tient Willem Van Ruytenburch apparaît comme un substitut génital flagrant, avec un pénis dominant et la suggestion de testicules. A ce point, est-ce vraiment accidentel ?

7. Dans sa main droite, Banning-Cocq tient un gant par le doigt, avec une nonchalance dédaigneuse. Ce gant est celui d'une main droite. Or, sa main droite à lui est gantée, c'est la gauche qui n'a pas de gant. Ce gant ne peut donc pas être le sien. A qui appartient-il ? Que fait-il là ? Que se passe-t-il ? Il y a trois mousquetaires dans l'image, tous copiés avec un panache très "rembrandtien" sur un manuel militaire.

8. Le mousquetaire qui est en train de charger son mousquet le fait ostensiblement de la mauvaise manière. Est-ce pour représenter leur incompétence ? Ou Rembrandt a-t-il été mis en garde contre le fait d'illustrer de façon trop évidente des secrets militaires hollandais facilement compréhensibles par leurs ennemis, les Espagnols ?

9. Le mousquetaire qui fait feu au centre de la peinture est entièrement vêtu d'une armure ; le visage quoique dissimulé, est de toute évidence jeune. Il est en train de tirer au beau milieu d'une foule de gens, mettant tout le monde en danger. Il ne semble pas en équilibre très sûr sur ses pieds et porte sur son casque une petite branche de chêne. Tout cela fait trop d'éléments mystérieux pour que ce soit un hasard. Il a fallu plusieurs jours pour peindre un tel personnage. Cela nous indique clairement qu'il faut faire attention à quelque chose.

10. Un homme au centre de la toile fait un geste ambigu. Evite-t-il le tir ou aide-t-il le tireur à viser ?

11. La petite fille dans la robe voyante est un élément très curieux. Certains disent que c'est un nain - peut-être pensent-ils aux peintures espagnoles, aux nains de la Cour royale peints par Velasquez ou Ribera ? Rembrandt commandait des gravures espagnoles à travers les ateliers d'Anvers. L’Espagne est l'ennemi traditionnel. Cette petite fille représente-elle ce qui reste de la menace espagnole pour ces marchands inutiles qui jouent aux soldats - l'ennemi n'est maintenant guère plus qu'une naine, comme à la Cour espagnole ? Elle porte une couronne, elle a un poulet qui pend attaché à sa taille, un oiseau malveillant et griffu. S'agit-il du jeune coq poussant son cocorico vain et machiste - une métaphore pour l'ultime cocu ? Elle a une bourse à la taille - on paie la menace espagnole plutôt que de la combattre ? Y a-t-il là une accusation de lâcheté ? La petite fille brandit un gobelet avec ostentation. Que signifie tout cela ? La peinture hollandaise est pleine de signes et de symboles, de métaphores et d'emblèmes, d'allégories et de références. Elles sont sans doute toutes là. Comment doit-on les interpréter ?

12. Cette enfant vivement éclairée a une compagne dont le visage est caché - que font ces deux fillettes ? Elles se sauvent ? Elles courent vers quelque chose ? Courent-elles, simplement ?

13. Quelqu'un d'autre est en train de se sauver - le garçon qui porte la poudrière sur la gauche. Est-il un messager ? Va-t-il vendre la mèche ? Est-ce un espion, ou seulement un témoin ayant hâte de raconter ce qu'il a vu ?

14. Il y a un homme à un seul œil, tout au fond de la foule, au centre, qui regarde par-dessus l'épaule des autres. Est-ce un autoportrait de Rembrandt ? Après de nombreuses études des 57 autoportraits qu'il a réalisés, il a été dit que Rembrandt avait un œil amblyope, qu'il était astigmate de l'œil gauche - l'œil senestre, "sinistre". Mais ici, c'est l'œil droit que l'on voit. S'agit-il de l'œil droit à la place du gauche, parce que Rembrandt se peignait en se regardant dans un miroir ?

15. Les seuls personnages qui regardent droit vers nous, vers "la caméra", sont Jacob de Roy, au centre à droite avec le chapeau noir, et Rembrandt.

Cela a-t-il un sens ? ces deux personnages sont-ils les seuls à "être dans la confidence", à savoir ce qui se passe ?

16. La composition de la peinture est organisée autour des deux personnages centraux, Banning-Cocq et Willem Van Ruytenburch, et sur l'homme qui est entre eux, Jongkind. Les mains qui montrent, les gestes, les lignes de composition... Tout cela est-il uniquement de la composition ou est-ce que cela va plus loin, est-ce une accusation ? Si on enlève une petite partie de la peinture sur la gauche, ces personnages deviennent encore plus centraux.

Or il se trouve qu'une partie à la gauche de la toile a effectivement été supprimée en 1715. La peinture est restée sous le contrôle de Banning-Cocq. Ont-ils supprimé cette portion pour des considérations pratiques avant tout - pour pouvoir accrocher au mur ce tableau de grandes dimensions - ou y a-t'il une autre raison ?

17. Il y a un homme avec un chapeau de comédien et une fausse moustache, Bloemfeldt, au centre. Que fait un acteur dans cette peinture ?

18. Il y a exactement 13 pointes dans cette toile. 13 était un chiffre lié à la malchance au milieu du XVIIe siècle. Est-ce un hasard ?

 

Peter Greenaway