" Un soir de janvier 1957, mon ami Jean Rossignol me téléphone en me disant: 'J'ai un livre pour toi. Il m'adressait les 'bonnes feuilles' d'un roman à paraître dans la Série Noire et qui s'appelait Le Doulos.
Cela m'a, immédiatement beaucoup plu : pas tellement dans la forme, anecdotique, montmartroise, que je n'ai pas respectée, mais dans l'esprit.
Lesou a fait un documentaire sur Montmartre; au contraire, j'ai cherché à m'en éloigner, à 'prendre mes distances'. D'où le zoom symbolique au début, par lequel je quitte Montmartre... et Lesou. J'ai voulu dépasser aussi un certain style sordide en proscrivant, par exemple, totalement l'argot. Je n'aime pas l'argot au cinéma.Enfin, après l'échec de Deux hommes dans Manhattan, j'ai décidé de ne mettre en chantier que des films destinés au grand public, et non plus seulement à un petit nombre de cinéphiles éclairés. Je voulais toucher la masse des spectateurs, c'est humain, non ?
Léon Morin fut réalisé dans ce sens, et Le Doulos s'inscrit dans cette tendance. Cette audience nouvelle, c'est quelque chose de très important pour moi..."
Jean-Pierre Melville