Vingt-sept ans après Jaume Balaguero (avec La secte sans nom) Pau Freixas adapte avec le même sens inné de la tension un roman de Ramsey Campbell. Los Sin Nombre en déplace toutefois le mécanisme du polar vers un drame intime et ses ambiguités. Le captivant thriller virant au vertige : chaque révélation ouvrant sur de nouveaux mystères liés à l'inattendue résurrection d'un enfant.

Le tout dans une atmosphère vénéneuse. Freixas construit un climat clinique, presque suffocant : décors désaturés, intérieurs vidés de toute chaleur humaine, lumière qui semble fuir les personnages plutôt que les éclairer. Les tons de bleu, dominants jusqu'à l'obsession, enveloppent chaque plan d'une froideur métallique qu'un David Fincher ne renierait pas. Encore moins quand il se rapproche toujours plus d'une ambiance de flm d'épouvante par un travail sur le hors-champ : ce qu'on ne montre pas pèse davantage que ce qu'on révèle. Les scènes nocturnes, en particulier, installent une sensation d'enfermement mental. Cette transformation sensorielle accompagne celle d'un récit glissant vers le surnaturel.

Toute en douleur contenue, l'interprétation habitée de Miren Ibargure, accompagne idéalement l'idée qui sous-tend Los Sin Nombre : en hybridant polar et chronique d'un deuil impossible, Freixas stimule la singularité d'une série qui refuse de rester là où on l'attend. Los Sin Nombre mue alors en un fascinant jeu de dupes sur la mémoire, questionnant notre capacité à distinguer un vrai espoir d'un mensonge que l'on se raconterait pour ne plus souffrir. Si cette série est si troublante, c'est parce qu'elle met chacun face à sa propre réponse.