Le titre du dernier film de Zanussi, Constans, prend toute sa signification et sa portée si on le traduit correctement par La Constante, terme de mathématique qui désigne une quantité indépendante de variables. (...)
Bien entendu, ce concept scientifique débouche sur la notion morale de « constance » et cette convergence est significative de l’œuvre entière d’un artiste qui se révèle être un moraliste et utilise dans ses titres aussi bien les termes scientifiques (La Spirale) que philosophiques (Illumination) et fournit par ce rapprochement des deux disciplines une clé de sa réflexion sur la nature et la condition humaine. (...)
Le cinéaste voit dans les scientifiques une sorte d’aristocratie : c’est cette catégorie sociale, estime-t-il, qui a le plus d’influence sur le développement de la société dans les pays socialistes, qui jouit de la plus grande indépendance et des plus grandes possibilités. (...)
C’est ici que se situe le point central de la réflexion de Zanussi : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait déjà Rabelais et Bergson souhaitait « un supplément d’âme ». Zanussi ne prononce jamais le mot « âme » mais je ne suis pas loin de penser que ses préoccupations ne sont pas moins métaphysiques même s’il s’en tient dans ses films et ses entretiens à des considérations psychologiques et morales. (...)
Dans La Constante, le protagoniste, sur qui pèse le souvenir de son père tué dans un accident de montagne, est durement confronté à l’esprit de combine engendré par l’appêtit de confort : après un grave incident suscité par son refus de se rendre complice de ces combines, il trouvera dans des études de mathématiques une véritable raison de vivre. Ainsi, la boucle est bouclée : (...) le protagoniste du dernier film de Zanussi trouve dans les mathématiques une application symbolique de la constante morale dont il fait preuve dans la vie sociale.
Cette constance, c’est aussi celle que le réalisateur a montrée tout au long de sa féconde et brillante carrière : en ce sens, il est vraiment un auteur, un artiste qui dit toujours la même chose sous des formes différentes. (...)
Le double thème de la vie et de la mort et de l’ancien et du nouveau est l’occasion d’une utile réflexion pour tous les hommes qui se préoccupent du sens de la vie individuelle et sociale, quelles que soient leurs convictions philosophiques et politiques.
Marcel Martin