Peu de cinéastes au monde sont, comme Krzysztof Zanussi, préoccupés par les problèmes d’éthique. Il est, avec Wajda, son compatriote, certainement l’un des seuls à s’interroger sur le comportement et le devenir de l’homme contemporain. 

Pour cet homme de quarante ans, le plus important c’est de voir comment se conduit l’homme du XXe siècle. Non seulement il l’examine au microscope, mais il tente de le comprendre. Pour Zanussi point d’individu isolé, même si parfois il le rencontre esseulé, mais un être lié à la société dans laquelle il vit, déploie des activités. Un lieu où l’on ressent constamment le poids bureaucratique des institutions, et des différentes compromissions. C’est à pleines dents que cet auteur mord dans tout ce qui aliène, détruit, corrompt. (...)

Ce qui l’intéresse, c’est le devenir de l’homme. Fustigeant les indécis, il demande qu’on s’engage. (...) Le héros de Zanussi sera cet homme intransigeant, qui force notre admiration par son courage et sa ténacité. (...)

Le thème récurrent de la science dont Zanussi utilisera l’un des termes pour titre, est permanent dans l’œuvre du réalisateur polonais. Certes le savoir scientifique est un facteur de privilèges. C’est ainsi que toute société industrielle, digne de ce nom, a besoin d’intellectuels scientifiques pour progresser.

La Pologne n’échappe pas à ce processus qui transforme plus rapidement le paysage économique que les hommes. Pour ce moraliste conscient, les besoins matériels ne sont pas tout. Donner un sens à sa vie, est-ce possible, semble se demander Zanussi. (...)

Le récit bien que fictionnel, n’a rien ici d’exceptionnel, et tout observateur attentif est à même de le rencontrer. Pourtant les hommes courageux, intègres, existent. Wiltod est l’un d’eux. Non pas parce qu’il est un héros tel qu’on les bâtissait à l’époque de « l’homme de marbre », mais parce qu’il pense que ça doit être comme ça. (...)

C’est en quelque sorte ce que dit Zanussi dans tous ses films. Il ne faut pas désespérer, l’avenir n’appartient-il pas à l’homme courageux et persévérant ?

 

Robert Grelier, La Revue du cinéma, septembre 1980.