Basquiat, film basé sur la vie et l'oeuvre du peintre d'origine haïtienne Jean-Michel Basquiat marque les débuts, dans l'écriture de scénario et la réalisation cinéma, d'un autre artiste peintre, Julian Schnabel.

Schnabel précise qu'il n'a pas fait ce film pour se lamenter sur la mort de l'artiste Jean-Michel Basquiat mais pour honorer sa vie.

Jean-Michel Basquiat a vécu et a épanoui son tempérament d'artiste sous les projecteurs des médias, Julian Schnabel croît que sa vie était déjà organisée comme un film : "Les gens sont littéralement hypnotisés par les talents exceptionnels. Aussi sont-ils incapables de détourner leurs yeux de ce violent accident de la nature qui se débat devant eux. J'ai voulu faire un film sur Jean-Michel, en particulier, mais aussi sur la vie d'un artiste dans cette culture qui est la nôtre, Jean-Michel a eu ce succès et cette gloire auxquels aspire tout artiste.

Il est devenu incandescent, a pris feu et s'est consumé. Il a payé le prix et scellé son destin par une mort précoce. Il est devenu ce qu'il souhaitait être et il a accompli ce que son public attendait de lui. Sa vie a-t-elle été une tragédie ? Je ne sais pas. Il a, en tout cas, accompli beaucoup plus de choses que la plupart des gens qui vivent jusqu'à 80 ans."

Ainsi que le précise Julian Schnabel, l'histoire de Basquiat ne rend pas seulement justice à un peintre. Elle raconte aussi cette guerre qui se déroule entre un génie et la société. Et cela n'a jamais été montré de l'intérieur : "Je souhaitais raconter les choses telles quelles se sont réellement passées. Comme beaucoup de jeunes gens, Jean-Michel avait pour idoles des artistes qui ont connu des destins tragiques. Il croyait à la mythologie de Jimi Hendrix et Charlie Parker. Il n'attachait aucune importance au fait de se détruire lui-même. Il pensait que c'était cool voire même romantique. Pour lui, les choses étaient simples. Sa vie était le prix à payer pour son talent."

Les personnages du film Basquiat sont un mélange de véritables membres du monde des arts (Andy Warhol, le poète René Ricard, le fournisseur de musées Henry Gelzadhler; les négociants d'art Annina Nosei et Mary Boone, le restaurateur Michael Chow qui joue ici son propre rôle, etc..,) et de personnages de fiction représentant les gens et les expériences qui marquèrent la vie de Jean-Michel Basquiat, Ainsi le personnage de Gina Cardinale (Claire Forlani) représente le premier amour de Basquiat. Albert Milo (Gary Oldman) incarne certains autres artistes newyorkais de l'époque. Benny (Benicio del Toro) symbolise les amis des premiers jours. Big Pink (Courtney Love) interprète l'une des nombreuses groupies qui sont passées en coup de vent dans la vie de Basquiat.

Julian Schnabel ne revendique pas son film comme la biographie définitive de Jean-Michel Basquiat, même si tous les faits montrés sont réels . "Ce film parle d'une arène dans laquelle, moi aussi en temps qu'artiste, j'évolue. J'en connais tous les participants et je suis également dans l’œil du cyclone. J'avais donc une position privilégiée pour observer la vie de Jean-Michel. La plupart des choses montrées dans ce film sont réellement arrivées. Le reste, je l'espère, est fidèle à son esprit."

Julian Schnabel a travaillé six ans pour mener à bien ce projet, souhaitant mettre en lumière la vie extraordinaire et toujours mal comprise de son ami et contemporain, Jean-Michel Basquiat : "Pendant des années, j'ai lu toutes les conneries écrites sur Jean-Michel dans les journaux. J'ai pensé que je pouvais raconter son histoire d'une manière plus exacte et en lui rendant enfin justice."

La vie de Basquiat est souvent érigée en leçons de morale, Julian Schnabel croit qu'il n'y a aucune raison de jeter le blâme sur le monde des arts, sur ses amis artistes, sur Jean-Michel ou sa famille : "Ceux qui ont le talent trouvent la force de s'en servir pour achever une oeuvre. Les gens devraient être fiers du don des artistes. On pourrait penser que l'effort et l'intelligence seraient récompensés. Hélas, ce n'est pas le cas. Maintenant que Jean-Michel est mort, on peut voir que la leçon que l'on veut tirer de son destin est plutôt : ne soyez pas trop talentueux, ou trop jeune ou trop beau... Et sûrement pas tout cela à la fois ? "

" Le travail de Jean-Michel défiait toute catégorisation. Il ne lui suffisait pas d'être un grand artiste noir ou un créateur de graffitis, ou simplement un jeune artiste. Jean-Michel se plaçait lui-même parmi les grands artistes de toutes les époques. Jean-Michel était irrésistible, charmant séduisant et diabolique. Presque tous ceux qui le rencontraient étaient attirés dans son orbite."

Pour trouver son "Basquiat", Julian Schnabel auditionna de nombreux acteurs avant de confier le rôle à Jeffrey Wright : "Il ne ressemblait-pas à Basquiat quand je l'ai rencontré pour la première fois. Mais j'ai su qu'il avait en lui tous les détonateurs pour le devenir. Je pense que le résultat final du travail de Jeffrey est magique ! "

Pour préparer son rôle vedette, Jeffrey Wright a passé plusieurs semaines avec Julian Schnabel à apprendre de ce dernier ce qu'est la vie d'un artiste. Mais l'échange s'est également fait dans l'autre sens : "La plus grande expérience, en réalisant un film, est de pouvoir travailler avec des gens talentueux, capables d'exprimer des choses dont vous êtes incapables. Des acteurs comme Jeffrey Wright, Gary Oldman, Benicio del Toro, Michael Wincott ou Claire Forlani vous donnent leur talent, pour que vous travailliez avec, pour que vous l'utilisiez et le modifiez, ils se saisissent d’une de vos idées et la transforment en quelque chose d'encore plus splendide que ce que vous aviez imaginé !"

Pour David Bowie, il y avait un véritable défi à se glisser dans le personnage du plus grand artiste du XXéme siècle : Andy Warhol. Mais le chanteur comédien n'a pas eu peur : "Incarner Andy était quelque chose dont je pouvais venir à bout avec une raisonnable facilité. Le langage de son corps était très précis : aussi britannique qu'un homme puisse l'être. Je crois avoir compris la modulation de son accent. Son apparence est bien sûr; facile à recréer. C'était un homme qui avait un vrai regard incisif sur la vie, qui s'exprimait en clichés mais, en fait, avait un moteur intérieur qui avançait à une allure fantastique.

Le Musée Andy Warhol a soutenu complètement le projet du film de Julian Schnabel en prêtant à David Bowie les authentiques perruques, lunettes et vestes du regretté artiste.

La bande musicale du film est un tonique collage de chansons, sélectionnées par Julian Schnabel à partir de la discothèque personnelle de Jean-Michel Basquiat. Ce dernier avait des goûts musicaux très étendus, allant de la musique rap (Melle Mel & Grandmaster Flash) au punk (Iggy Pop, Psychedelic Furs, David Bowie) et au Jazz (Charlie Parker, Miles Davis).

Comme le fait remarquer Julian Schnabel : "La musique jouait un rôle très important dans la vie de Jean-Michel et, bien sûr, elle est un élément important de ce film."