« Quand il y a une dizaine d'années, l’équipe nationale iranienne battit l’Australie et se qualifia pour la coupe du monde, les joueurs reçurent un accueil triomphal de la part de la population. En Iran, l’entrée dans un stade de foot est interdite aux femmes. Mais cette fois-là, près de 5000 femmes passèrent au-dessus de la loi et entrèrent dans le stade pour célébrer la victoire des joueurs. Cet évènement suscita de nombreux débats. Je me rappelle avoir lu à cette époque l’article d’un journaliste sportif qui expliquait que dans la Grèce ancienne les femmes étaient confrontées au même problème. Pour pouvoir supporter leurs fils qui étaient de vrais héros sportifs, elles se déguisaient en garçon...

Et puis, il y a quatre ans, un jour que j’étais dans les gradins du stade où s’entraînait notre équipe nationale, à ma grande surprise, je reconnus ma fille, cheveux courts et chemise large, qui se faufilait parmi les hommes. L’idée du film est née ce jour là. Quand j’ai réalisé que l’Iran était à nouveau sur le point de se qualifier pour la coupe du monde, j’ai décidé que c’était le moment de tourner. »

Ainsi témoignait en 2006, le réalisateur Jafar Panahi au moment de la sortie de Hors-jeu. Le 24 avril précédent, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait autorisé par décret les femmes à prendre leur place dans les travées des stades de football, ce qu’elles ne pouvaient plus faire depuis la chute du shah en 1979. Les grands ayatollahs de la ville sainte de Qom crièrent au scandale, évoquant les risques « du mélange corrompu entre les deux sexes ». Ali Khamenei, le guide religieux du régime mit donc fin à la polémique en déclarant le projet caduc. Le décret est vite abandonné, et Hors Jeu, filmé à travers les mailles de la censure est toujours interdit en Iran.

« Nous avons rencontré de nombreux obstacles pour faire ce film, raconte Jafar Panahi. En Iran, il n’est pas très difficile d’obtenir une autorisation pour filmer un match de football, mais si vous filmez des filles dans un stade, ce n’est pas la même chose. Et puis nous savions que ma réputation en tant que réalisateur serait un problème.

Nous avons essayé d’être très discret, et évité tout contact avec la presse. Cependant, cinq jours avant la fin du tournage, un journal publia un article mentionnant que j’étais en train de tourner un nouveau film. Les militaires reçurent immédiatement l’ordre d’interrompre le tournage et de saisir mes rushs afin qu’ils soient vérifiés. J’ai tout simplement refusé et dit à l’officier chargé du cinéma en Iran que je ne voulais pas voir un seul soldat sur les lieux du tournage. Heureusement, il ne restait que quelques scènes à tourner, dans un minibus. Nous avons quitté la zone sous contrôle militaire et terminé le film à six kilomètres de Téhéran. »