Quel a été la carrière de Norteado jusqu’à maintenant dans les festivals ?
Norteado a été présenté pour la première fois à Toronto en 2008, puis à San Sebastian où il a remporté le prix "Cinéma en construction". C’est la première fois qu’un film mexicain gagne cette récompense. Il a ensuite été sélectionné dans une quinzaine de festivals à travers le monde. Et je suis aussi très heureux qu’il soit nominé 10 fois pour les Ariels du cinéma mexicain (l’équivalent des Césars). Pour un premier film, Norteado a déjà fait parler de lui. Et qu’il soit récompensé ou non n’est pas le plus important. C’est l’opportunité donnée au public à travers le monde, de voir ce film qui est essentielle.
Comment est né et de quoi a été inspiré Norteado ?
Edgar San Juan m’a apporté le scénario sur lequel nous avons collaboré pendant presque 2 ans. Au cours de l’écriture de la dernière version j’ai demandé à ce que le personnage principal soit originaire d’Oaxaca au Mexique. Car j'y suis né et y ait grandi. Je pense que c’était important, car pour moi un réalisateur doit connaître, comprendre, être imprégné de la thématique de son film. Andres, le personnage principal devait être et se comporter comme quelqu’un d’Oaxaca, physiquement et psychologiquement.
Comment un mexicain d’Oaxacan se comporte-t-il ?
Ils ne jugent pas au premier abord, ils sont plus posés et beaucoup plus observateurs. Ils ont aussi une personnalité changeante. Il fallait absolument qu’Harold Torres qui est de Mexico City passe aux yeux des Oaxacanais pour l’un des leurs. Cata est sans doute le personnage le plus énigmatique. Elle amène une tension constante au récit.
C’était votre intention de créer un personnage avec un caractère si renfermé ?
Cata est l’un des personnages les plus importants. Elle garde un ressentiment, voire une haine envers ceux qui sont partis pour les USA. Elle est blessée par cela, mais en même temps elle y trouve son compte. L’arrivée d'Andres lui fait oublier certaines choses même si elle sait qu’il doit partir.
Asensio est beaucoup plus ambigu. On ne sait pas vraiment quelles sont ses motivations. Quelle est votre opinion?
Asensio est dur avec Andres car celui-ci est le symbole de l’émigration et il le voit comme un étranger, un intrus. C’est pourquoi il l’aide à partir.
Comment s’est déroulé le casting?
Ça a été très long. Au début l’idée était d’avoir des acteurs connus. Puis j’ai voulu faire appel à de nouveaux talents. J’ai demandé à la directrice de casting de voir mes documentaires, afin qu’elle ait une idée du type de personnes que j’aimais : les métis qui représentent toutes les régions du pays. Cata apparaît comme étant du sud-est tandis que Ela et Asensio seraient du nord.
La musique interprétée au piano a une très forte présence dans le film.
Ce morceau de Debussy est l’un de mes favoris. Il permet de marquer le contraste entre quelquechose de beau et en même temps d’une grande tristesse.
Qu’est ce qui vous demandé le plus d’effort pour passer du documentaire à la fiction?
Dès que j’ai commencé mes études de cinéma, je sentais qu’un jour je me dirigerais vers la fiction. J’étais plus intéressé par le documentaire, mais maintenant je considére cela comme un outil pour se diriger vers la fiction. Norteado mélange les 2 genres et cela lui donne une personnalité unique. Mon documentaire le plus important est 15 à Zaachila, car c’est la ville où je suis né et où je me suis construit esthétiquement parlant. Beaucoup de films ont déjà traité du sujet de la traversée de la frontière entre le Mexique et les États Unis, à la recherche d’une vie meilleure.
Qu’est ce qui fait de Norteado un film à part et si réussi sur le sujet?
Il y a une citation qui est : "Tous les sujets ont déjà été traités. La différence réside dans le fait de raconter la même histoire, mais différemment." Le thème de l’émigration est non seulement un thème difficile mais déjà traité de nombreuses fois. Norteado le présente différemment , avec ironie et humour. On ressent le drame, mais on voit aussi ceux qui restent, qui ont été abandonnés. Il y a une citation que j’aime beaucoup : "Partir c’est mourir un peu".
Propos recueillis par Irene I. del Corral pour Daily News