" J'aime lorsqu'un film est une succession d’idées plutôt qu’une intrigue linéaire. C’est de cette manière que nous avons travaillé pour écrire le scénario ; nous n’avons pas essayé de trouver une histoire mais nous avons plutôt rassemblé une multitude d’idées qui ont commencé progressivement à former un squelette sur lequel ces idées se sont lentement fixées ; et à la fin nous avions notre histoire.
L’intrigue : Daniel et Franc
A travers ce film, nous avons voulu dépeindre un certain type de jeune gens que nous rencontrons régulièrement au travers de nos connaissances. Ces jeunes vivent sans assumer leur responsabilité, ils n’ont pas de point d’attache avec la société et semblent incapables de fonctionner selon ses normes. D’un point de vue social ils sont totalement irresponsables, et pourtant ils savent s’impliquer lorsqu’il s'agit de leur bien-être.
Il est difficile de s’imaginer que ces jeunes deviendront un jour des adultes ; qu’ils porteront un jour une cravate et qu’ils embrasseront les réalités sociales. Mais combien de temps encore! peuvent-ils vivrent ainsi ? Le point de départ de notre film a été de montrer le moment où ces jeunes décident ou sont contraints d’assumer leur responsabilité... Daniel et Franc symbolisent ce "type" de jeunes gens.
Le juge (et papy)
Une autre de nos motivations était de créer un contraste : un adulte responsable qui décide de lui-même de s’écarter de la société. Cependant nous ne voulions pas utiliser des clichés tels que l’infidélité ou le manque d’argent comme motivation. La motivation du juge devait plutôt dépeindre l’escalade d’un problème existentiel, à tel point qu'il allait devoir en subir les conséquences. L’histoire du juge est en contraste avec l’humour général du film ; elle est basée sur la discrétion et l’atmosphère.
D’une certaine manière, Papy partage la même destinée que le juge : au début du film il choisit les responsabilités, le devoir et la morale en opposition aux plaisirs. Mais à la fin du film, c’est exactement l'inverse qui se produit.
Noir et blanc
Nous avons choisi de tourner le film en noir et blanc. Nous nous sommes efforcés de travailler l’aspect graphique, notamment les cadrages et l'architecture, d'où l'utilisation d'intérieurs aux lignes carrées et dures dans lesquels le corps humain avec ses formes plus arrondies a du mal à s’adapter. Et c’est justement l’objet de notre film, de montrer des individus mal adaptés dans la société à laquelle ils appartiennent. Ou bien ils créent leur propre réalité, ou bien ils s’efforcent de la trouver.
Toutes nos références visuelles reposaient soit sur des photos en noir et blanc, soit sur des films en noir et blanc. Il nous a alors semblé naturel de tourner le film en noir et blanc. Par sa forme, le film est une sorte d’hommage aux années 60, période innocente où le langage filmique débordait de vie et de nonchalance mais possédait toujours son véritable style. Nous avons cherché à créer un univers de cinéma dans lequel les événements sont coupés de toute réalité: nous ne voulions pas avoir recours à la réalité, mais plutôt recréer celle-ci à notre idée. Pour rendre un hommage au présent tout en restant nostalgiques.
L'utilisation du noir et blanc nous a permis d’être nostalgiques dans le présent. Pour l’histoire, nous avons imaginé Daniel, le personnage principal ; un jeune homme qui vit en marge de la société. Si tous les autres vivent dans la réalité, il appartient lui au monde du rêve. Et de fait, la science nous dit que nous rêvons en noir et blanc.
Le but était de faire un film inventif et plein d'énergie, en utilisant toutes les possibilités dont nous disposions plutôt que de rester esclaves du scénario.
Nous voulions exploiter l’organique plutôt que le mécanique, faire de notre mieux pour rester fidèles aux plaisirs innocents du conteur d'histoire."
Dagur Kári