Au programme, à la Cinémathèque de Toulouse et au cinéma ABC (qui vient de réouvrir, rénové, après avoir failli disparaître définitivement), mais aussi à l'Utopia Tournefeuille, à l'UGC Wilson, au Cratère, à l'Instituto Cervantès et à l'ESAV (Ecole Supérieure d'Audio Visuel) : une rétrospective autour de “l'école de Barcelone”, une compétition de films inédits, une sélection de courts métrages, un échange avec des étudiants espagnols... L'agenda des spectateurs est bien rempli. Ceux-ci ont déjà fait un accueil chaleureux au troisième long-métrage de Helena Taberna, La Buena Nueva.

Après Yoyes (à voir sur Universciné – le portrait d'une célèbre activiste de l'ETA, interprétée par Ana Torent, qui fut l'enfant bouleversante de L'Esprit de la ruche et Cria Cuervos...) et un documentaire sur l'immigration vu sous un angle spécifiquement féminin, Extranjeras, la cinéaste s'est emparée de l'aubiographie d'un prêtre. Un prêtre ? La figure n'est peut-être pas très à la mode, mais Helena Taberna a mis en avant ce qu'il y a d'héroïque dans son personnage qui a rééllement existé : son idéalisme. Une foi humaniste qui dépasse les clivages politiques et religieux.

A peine formé par ses pairs, le héros de La Buena Nueva se voit confier sa première paroisse. Mais nous sommes en 1936 et le voilà propulsé dans un village à majorité “rouge” alors que le franquisme connait un développement spectaculaire. Les habitants s'affrontent bientôt en deux camps de plus en plus violents. Alors qu'il “devrait” suivre la ligne de ses autorités religieuses, favorables à Franco qui place l'Eglise en clé de voûte du pouvoir, le prêtre se distingue en ne cherchant à prêcher que la “bonne parole”, défendant tous les opprimés, et s'opposant aux trahisons et aux injustices.

D'un sujet qui favorise le manichéisme (les salauds du côté de la dictature et les courageux du côté de la résistance), Helena Taberna a réalisé une chronique où chaque personnage (du plus important au plus secondaire) porte ses propres contradictions, ses peurs et ses espoirs. Une véritable force naît ainsi de ces portraits, esquissés (une ouvrière qui couche avec l”ennemi) ou essentiels au développement de l'histoire (une femme de médecin qui doit faire face à une réévalution complète de ses croyances) tandis que le récit se déroule de façon classique, délibérément linéaire, pour une ligne claire qui ménage tous ses efforts dans la finesse invisible des caractères. Inutile de chercher une quelconque “modernité” dans La Buena vida. L'histoire que veut raconter Helena Taberna est éternelle : une question de choix et d'engagement. La question est si importante pour la cinéaste qu'une posture d'artiste serait de trop. Et, en effet, le film est réussi parce qu'il atteint précisément son but : rendre vive une question qui pourrait sembler hors d'âge.

Philippe Piazzo