L'ECRITURE

" Je ne sais pas vraiment ce que je vais écrire à l’avance. Je mets le papier dans la machine à écrire et j’écris une ébauche de dialogues, l’atmosphère. La scène prend le dessus et les dialogues en découlent. Quand j’écris une scène, par exemple avec mon grand-père assis à table, ou n’importe quoi d’autre, du moment que ça fonctionne pour moi, je suis totalement dans l’atmosphère de la pièce alors même que je suis à mon bureau. Je sais d’où je viens et je le porte en moi. Je n’ai pas cessé d’être écossais en venant habiter à Londres.

" Toutes les atmosphères, les sensations, les odeurs sont restées avec moi. Ensuite, le résultat me paraît authentique ou non. Ce qui m’amène à écrire plusieurs versions. J’écris d’un seul jet une première version. Puis je recommence en me basant sur cette première version.

" Je ne corrige pas la première, je réécris entièrement une deuxième version en ajoutant ou supprimant des éléments. Ça évolue. Puis je recommence une troisième fois jusqu’à ressentir que l’idée de départ est bien là. Je travaille de longues heures d’affilée. Cela m’aide, car il est important pour moi, quand j’écris la trentième page, d’avoir bien à l’esprit le contenu de la première page - sinon je peux perdre le fil. C’est ma méthode. Je me lance à 9 heures le matin et termine vers 18 heures, sans pause, sans manger, sans même une tasse de thé, pour bien garder l’esprit général en tête. Si je bloque, je ne mets pas de point mais une virgule, je laisse mon travail ouvert. Je fais d’autres choses et c’est ainsi qu’une idée me vient. Cela me permet d’y revenir le lendemain matin à 9 heures."

LE TOURNAGE

" Quand j’essaie de recréer une atmosphère, l’atmosphère d’une pièce, c’est son odeur qui remonte en moi. Et quand je vois l’acteur qui joue mon grand-père, je l’hypnotise pour qu’il le devienne véritablement. Il est assis là, je m’approche, je regarde dans la caméra, et je cherche à nouveau ces sensations qui étaient en moi lorsque j’écrivais. Je regarde le dispositif dans l’oeil de la caméra et je perçois ce qu’on en attend : on ne s’attend pas à ce que je filme partout, mais plutôt que je sache parfaitement ce que je fais, que j’aie les idées claires, que je sois décidé. Et j’aime quand j’ai pris une décision, quand je sais exactement qu’il faut commencer par un gros plan, enchaîné par un plan d’ensemble, puis que ça se termine par quelqu’un qui sort en fermant la porte, dans une ambiance tendue.

Je ne fais donc que recréer ce que j’avais réellement ressenti à l’époque, quand il y avait des larmes, je versais moi aussi des larmes en recréant cette atmosphère. Je suis vraiment repassé par toutes ces sensations. D’une certaine manière, je suis tous les personnages à la fois, je suis obligé de faire remonter toutes ces émotions. Et si je ne ressens rien, alors je sais que c’est faux, que ça ne marchera pas. Et au montage, j’espère qu’on arrive à faire sentir tout cela.

LES ACTEURS

" Il y a une différence très nette entre les professionnels et les amateurs. Je pense que plus l’acteur est célèbre, plus il semble éloigné, distant. Il peut devenir terriblement lisse. Il peut donner l’impression d’avoir toujours bien dormi et d’être très apprêté. Il est beaucoup plus intéressant de regarder des personnes qui vivent tout simplement leur vie. Elles portent les difficultés de la vie sur leur visage.

" Je ne veux pas nécessairement que les problèmes de la vie soient sur leur visage mais la vie laisse ces traces dont ils ne semblent pas se soucier. Ils n’essayent pas de les effacer ou de les cacher. Les acteurs, eux, ont tendance à les dissimuler. Chez eux, on doit chercher en dessous, à l’intérieur. On doit les amener à avoir confiance en nous. Je trouve que les amateurs font confiance immédiatement.

" Les acteurs se font beaucoup de souci si on ne leur donne pas le scénario à lire, ils aiment le lire et construire leur personnage. S’ils ne peuvent pas se raccrocher au script, ils deviennent terriblement instables. Certains passent derrière mon dos et tentent de mettre leur nez dans le scénario d’un membre de l’équipe technique. J’ai eu pas mal de difficultés avec ça. Mais une fois que j’ai acquis leur confiance et qu’ils comprennent que je ne suis pas là pour les tourner en ridicule, tout s’arrange.

" Je suis même allé jusqu’à dire : “Si vous n’aimez pas les rushes, si vous n’aimez pas ce que vous voyez, je n’utiliserai pas les scènes.” C’est en fait en disant cela que je gagnais leur confiance et savais qu’ils ne demanderaient jamais à voir les rushes."

Stephen Archibald et Hughie Restorick

" Je voulais aller dans une école pour mon casting. Il y a beaucoup d’écoles à Edimbourg mais j’ai choisi la plus proche de mon village. J’étais assis en train d’attendre le bus pour me rendre dans cette école. J’ai vu deux garçons faisant l’école buissonnière, deux amis. Ils sont venus vers moi alors que je fumais une cigarette, et l’aîné m’a demandé : “J’peux avoir une taffe, monsieur ?” J’ai répondu : “Je suis désolé mais tu es bien trop jeune.” Je ne leur ai pas demandé de rester, j’étais obnubilé par l’idée de trouver les enfants pour le film. J’étais plutôt élégant car je devais rencontrer le directeur de l’école et que je voulais faire bonne impression, petit budget ou non.

Puis ces deux garçons se sont assis à côté de moi. Le plus jeune ne disait rien et le plus vieux me bombardait de questions auxquelles je répondais. Et tout d’un coup, j’ai réalisé que c’était eux. Pas besoin d’aller plus loin. Je leur ai demandé s’ils voulaient jouer dans un film. Ils voulaient connaître l’histoire et savoir combien ils seraient payés. D’un coup de tête, j’ai répondu : “4 £ par semaine et ne vous préoccupez pas de l’histoire.” Je les ai vus bondir à la perspective que leur offrait cette fortune. Je leur ai demandé leur nom et je me suis dit, c’est bon, je ne vais jamais les revoir. Ils ont disparu au coin de la rue et j’ai pensé, mince, c’est vraiment eux que je veux pour mon film !"