Les martyrs de Tolpuddle

" Je n’avais jamais entendu parler des martyrs de Tolpuddle avant 1979. J’ai visité le musée de Dorchester avec un ami.

En sortant, il m’a donné une brochure de deux pages sur les martyrs de Tolpuddle. Je lui ai demandé qui ils étaient. Il m’a brièvement raconté leur histoire en me disant que je devrais en faire un film. L’idée de faire un film sur le martyre me paraissait très déprimant et je ne pensais pas que c’était un sujet pour moi.

J’ai lu la brochure et j’ai alors réalisé qu’une grande partie de leur histoire était en fait inconnue. J’avais le champ libre pour inventer, ce qui me donnerait une certaine liberté. J’ai alors décidé de me lancer dans l’écriture du scénario."

Le travail d'écriture

" Je n’aurais pas pu me mettre à ma machine à écrire si je ne m’étais pas identifié aux personnages. Pour faire le lien entre il y a 150 ans et maintenant, je me suis dit que j’étais réellement George Loveless et les autres personnages, que le cinéma venait juste d’être inventé et que l’on me demandait de raconter nos vies. Cela m’aidait beaucoup à ressentir une réalité dans mon imaginaire. Je n’ai pas essayé de faire un film historique ou un documentaire. Je n’aurais pas réussi. L’homme qui m’avait donné l’idée du film faisait des recherches pour moi. Mais je lui demandais de me renseigner uniquement sur des points très précis. Je n’aime pas être submergé par des informations quand j’écris.

J’écris d’un seul jet une première version. Puis je recommence en me basant sur cette première version. Je ne corrige pas la première, je réécris entièrement une deuxième version en ajoutant ou supprimant des éléments. Ça évolue. Puis je recommence une troisième fois jusqu’à ressentir que l’idée de départ est bien là. Je travaille de longues heures d’affilée. Cela m’aide, car il est important pour moi, quand j’écris la trentième page, d’avoir bien à l’esprit le contenu de la première page - sinon je peux perdre le fil. C’est ma méthode. Je me lance à 9 heures le matin et termine vers 18 heures, sans pause, sans manger, sans même une tasse de thé, pour bien garder l’esprit général en tête. Si je bloque, je ne mets pas de point mais une virgule, je laisse mon travail ouvert. Je fais d’autres choses et c’est ainsi qu’une idée me vient. Cela me permet d’y revenir le lendemain matin à 9 heures."

Le lanterniste et le précinéma

"Je collectionne les objets précinématographiques. Je savais qu’un jour j’utiliserais ces objets magiques dans un film. L’idée m’est venue de confier le rôle du narrateur à un lanterniste itinérant joué par Alex Norton. Il apparaît aussi sous les traits d’une douzaine de personnages. A chaque apparition correspond une machine optique. J’ai essayé d’inclure toutes les machines optiques de divertissement connues : de l’ombre portée sur un mur en passant par le diaporama jusqu’au début du cinéma."

Les acteurs

"J’ai pensé que ce serait une mauvaise idée de confier les rôles des personnages principaux à des acteurs connus. Il n’y avait aucun intérêt à confier le rôle de George Loveless à Robert Redford, tout le monde n’aurait vu que Redford à l’écran. Les spectateurs n’auraient pas pu passer outre pour réellement voir le personnage de George Loveless.

J’ai donc décidé d’engager des acteurs inconnus pour inviter les spectateurs à s’identifier aux personnages. Les acteurs connus, comme Vanessa Redgrave et James Fox, n’ont pas été engagés sur des considérations commerciales même si elles ont fini par peser.

J’ai trouvé que c’était une bonne idée d’utiliser des stars de cinéma, les aristocrates de leur profession, dans les rôles des aristocrates de cette histoire. Elles étaient parfaites pour ces rôles."

George Loveless

"Je vois Loveless comme une sorte de saint. Je ne crois pas qu’il ait fait du mal à qui que ce soit. Ce n’était pas un rebelle. Il ne mettait pas le feu, il ne volait pas. Il a juste donné à l’humanité. C’était un être extraordinaire, un homme d’une profonde honnêteté. Un homme de Dieu dans le meilleur sens du terme. Si le film peut être considéré comme un hommage à ce genre d’homme, ça valait la peine de le tourner. Il est très difficile de faire un film sur des hommes qui ne sont pas motivés par la haine.

Si j’écrivais un scénario de tripes et de sang, l’argent tomberait tout seul pour le faire. Mais avec un scénario sur un homme de bonté, proche d’un saint, il faut travailler très dur pour obtenir un financement."