" Goto l'île d’amour est un conte réaliste.
Goto l’île d’amour est composé d’environ huit cents plans. Goto l’île d’amour n’est pas un film en couleurs au sens habituel de ce mot. On parle volontiers ces derniers temps de couleurs naturelles sur les écrans. Cette admiration générale ressemble à la fièvre au moment de l’apparition du cinéma parlant. La logique nous laisse prédire un changement proche.
La reproduction photographique en couleurs de la vie tend à unifier les caractères. Or, dans la vie on ne voit pas la couleur sauf si on y fait attention. La couleur obtenue mécaniquement, comme tous les mécanismes, est une contradiction de la création. Le problème est de considérer inutile de filmer la superficie de la vie.
Je juge confuse la réponse donnée au problème de la couleur par l’imitation de tous les styles possibles de l’histoire de la peinture. De même, traiter la couleur en laboratoire est une solution de facilité, on dépend des possibilités limitées de la chimie, on évite la résistance de la matière.
Dans Goto, la dramaturgie de la couleur antithéâtrale n’essaie par de former les couleurs, mais la couleur naturaliste s’ingère par le montage. Ce n’est ni l’action ni le scénario qui dictent l’emploi de la couleur dans Goto, c’est l’auteur."
Walerian Borowczyk