Le film s'inspire du culte des âmes du purgatoire, à Naples.On dit que ce sont des morts abandonnés, sans nom. On dit qu'ils appellent en reve, mais parfois apparaissent au milieu de la foule - c'est quelqu'un qui te regarde.Ces morts demandent à etre reconnus.Et alors on adopte un crâne, un des milliers de restes humains dans les sous-sols de la ville.De ce culte, encore pratiqué il y a quelques années, restent des traces, des usages, des croyances.

Souvent on me demandait si je croyais au purgatoire, mais ce qui m’a poussé à venir à Naples et à commencer ce film va au-delà de la croyance.Le film n'est pas un regard sur une réalité, c'est une recherche, une immersion dans une représentation du monde, au seuil de l'inexistence, entre rêve et éveil.Au crâne adopté et soigné on donne un nom. En reconnaissance le mort aide le dévôt à travers les vicissitudes de l'existence. Ils se reconnaissent, l'un dans l'autre, le mort inconnu et celui qui l'a reconnu.S'ils se reconnaissent c'est aussi que le dévôt se sent lui-même comme un inconnu. L'Autre, sans nom, qui erre dans la ville.

Cette idée m'inspirait, car elle touche au rapport de chacun avec les autres, avec le monde, et avec sa propre existence. Chacun de nous est l'un des autres, un inconnu, quelqu'un qui "doit savoir qu'il a existé", comme dit Franco, un des protagonistes du film.

Le film est une immersion dans ce questionnement, une errance, à travers une ville que je ne connaissais pas avant. Une errance faite de lieux - lieux du culte, la crypte de l'Eglise de Purgatorio ad Arco, le cimetière des Fontanelle, une grotte dans le tuf où des milliers de crânes semblent en attente. Ce sont les morts de la peste de 1652, ensevelis alors dans des fosses communes.Une errance a travers les ruelles de Tribunali, des Quartieri Spagnoli, de Sanita, de Montesanto. Le cimetière de Poggioreale, une ville dans la ville, le jour des morts. Les Limbes des enfants non baptisés, ou morts-nés.C'est l'errance de quelqu'un qui est peut-etre invisible, qui n'existe pas. Une errance faite de visages - le regard des photos des morts dans les vitrines sous les statues de Madonne, de Saints, d'Ames du Purgatoire, les visages dans la foule autour de la gare Piazza Garibaldi. Et de rencontres - dévots, témoins, qui evoquent le culte, d'autres qui raccontent des rêves, qui parlent des morts.

Certains sont devenus des amis. Comme Sergio, qui ne comprenait pas pourquoi je le voulais dans un film sur le purgatoire. Il avait fait un film sur un pickpocket, ami à lui. Il voulait en faire un sur un groupe de voleurs. Maintenant ces "voleurs" étaient chez lui, comme une véritable Cour des Miracles, en attente - en attente que le film sur eux se fasse. En attente de savoir s'ils ont existé.

Giovanni Cioni (Juillet 2009)