The Hole est votre quatrième film avec Lee Kang-sheng...

Les trois premiers sont des variations autour d'un personnage que j'imagine être toujours le même, dans des situations différentes et en évolution par rapport à sa quête d'identité. L'acteur est donc logiquement le même... Mais ces films sont aussi à voir comme un triptyque autour de mon acteur Lee Kang-sheng. C'est peut-être exagéré, mais sa présence, son influence, ont été déterminantes. Je l'ai découvert dans la rue, et notre relation de travail s'inspire aussi de la réalité. Il y a un peu de sa vie, de son sentiment d'exclusion de la société, dans Les Rebelles du dieu Néon. Pour Vive l'amour, j'ai dû l'imposer à la production, qui le trouvait physiquement trop ordinaire pour faire du cinéma. C'est à ce moment-là qu'il a eu une grave maladie, qui a inspiré La Rivière où le héros, comme Lee Kang-sheng, a une sorte de torticolis de plus en plus dou­loureux que personne ne parvient à soigner.

The Hole était une commande sur un thème imposé : la dernière nuit du XXesiècle…

Faire un film sur l'an 2000 ne m'a pas rendu très optimiste ! Je n'ai pas l'impression que les choses vont en s'améliorant. Le monde va dans le sens de la destruction. Mais, dans un tel contexte, l'énergie pour combattre est d'autant plus grande.

C'est par réaction à ce pessimisme qu'il y a autant de musique dans le film, avec, régulière­ment, des séquences de comédie musicale ?

Oui, mais aussi parce que j'adore les comédies musicales comme Chantons sous la pluie ou celles de Hongkong. Mais, aujourd’hui, c'est trop cher à réaliser. Les scènes musicales de The Hole sont celles d'un réalisateur tout pauvre.

Étaient-elles nécessaires ?

C'est une manière d'ex­primer le monde inté­rieur des personnages. Je crois qu'ils rêvent de quitter leur environne­ment quotidien et aime­raient montrer leur besoin d'amour. Surtout la femme. Dans la vie, les sentiments sont souvent enfouis, dissimulés. La comédie musicale exprime un enthousiasme qu'ils n'arrivent pas à extérioriser.

Le tout début du film montre un écran noir et l'on entend un flot de paroles, alors qu'ensuite les images restent silencieuses...

C'est encore pour mettre en parallèle le monde intérieur et extérieur des person­nages. Tout le film se passe dans un immeuble : l'appartement, l'ascenseur, la cage d'escalier. On ne voit que la pluie qui ne cesse de tomber au-dehors. Ce couple est donc enfermé dans cet univers parce que le monde extérieur est hostile et ils cherchent un refuge. Toutes les paroles que l'on entend au début expriment l'hostilité de ce monde auquel ils cherchent à se soustraire.

Pourquoi ne jamais montrer ce monde extérieur ?

Ne pas le voir le rend encore plus effrayant. On ne sait pas exactement ce qui va se pas­ser à la fin du siècle. Moi, je crois qu’il sera plus terrible que maintenant, alors je ne voulais pas le montrer de façon trop précise et concrète. Et puis, j'ai l'habitude de laisser beaucoup d'espaces vides dans mes films. Ce sont des espaces d'ima­gination pour le spectateur.

Vous dites que vous êtes pessimiste, mais la fin de votre film est optimiste, non ?

Tous les êtres sont compliqués. Moi aussi !

Propos recueillis par Philippe Piazzo