Quel est votre parcours personnel et professionnel ?

Thomas Lemarquis : Mon père est français, ma mère islandaise. J'ai grandi en Islande où je vis toujours après avoir fait le cours Florent à Paris. J'ai joué dans plusieurs courts métrages et dans un long, Villiljos où j'ai retrouvé Dagur Kari. On se connais­sait déjà puisqu'on était au lycée ensemble. J'ai aussi présenté le journal à la télé islandaise. J'ai joué au théâtre et je fais partie d'un collectif d'ar­tistes qui a participé à la manifestation "Reykjavik, capitale culturelle 2000". Je prends actuellement des cours à l'école des Beaux-Arts de Reykjavik. Pour moi, les arts se nourrissent les uns les autres, en tout cas s'ils sont pratiqués de manière honnête et sincère. J'ai d'ailleurs toujours été très intéressé par tout ce qui touchait au visuel dans l'art dramatique.

Que signifie être acteur en Islande ?

Cela signifie que vous pouvez facilement et rapidement vous faire un nom et des contacts dans ce métier. L'inconvénient, c'est que c'est un petit milieu dont vous faites vite le tour. J'aimerais mener une carrière au cinéma tout en continuant mon travail de plasticien. C'est très islandais d'avoir plusieurs cordes à son arc. Ceci dit, je tra­vaillerai là où les projets sont les plus intéres­sants, peu importe le pays. L'Islande est géogra­phiquement isolée, et dans une certaine mesure, elle l'est aussi culturellement. Cela explique que beaucoup d'Islandais partent à l'étranger, notamment après leurs études mais la plupart reviennent ensuite car les liens avec l'Islande restent en général très forts.

Noi, adolescent révolté notamment contre son père, n'a qu'un rêve : partir. Cela vous ressemble-t-il ?

J'admets que j'ai toujours besoin de voyager, de rester ouvert à de nouvelles influences. Ce n'est pas bon de trop s'attacher aux lieux. Quant à la révolte, j'ai eu ma part quand j'étais adolescent, même si ce sentiment reste présent par certains aspects dans mon travail. La première fois que j'ai lu le scénario de Noi Albinoi, j'ai tout de suite ressenti de la sympathie pour le personnage. Noi est très humain, c'est quelqu'un de bien. Son drame, c'est que personne ne le comprend. C'est un sentiment que je connais bien ! Je crois qu'on a beaucoup de choses en commun. Il a une sorte d'attitude je-m'en-foutiste qui l'aide à poursuivre sa route sans prendre la vie trop au sérieux.

Qu'est-ce qui empêche Iris de partir avec Noi ?

Contrairement à Noi, elle a peur de suivre son chemin. Pour la deuxième fois, elle essaie de construire sa vie, après avoir échoué en partant à Reykjavik. Elle n'est pas prête à prendre de nouveaux risques. Je pense quand même qu'elle aime Noi. Du moins, je veux le croire.

D'une façon ou d'une autre, Noi est-il responsable de la catastrophe qui arrive ?

Non, je ne crois pas. C'est quelqu'un de très mature, quelqu'un qui ne s'attache ni aux lieux ni aux gens. Pour lui, les choses durent le temps qu'elles durent. Il pense depuis très longtemps qu'il ne peut compter sur personne d'autre que lui. D'une certaine façon, cela pourrait faciliter son départ, lui permettre de trouver un endroit qui lui corresponde, avec ou sans palmier Selon moi, c'est la seule échappatoire possible. Que cette catastrophe soit un bien ou un mal, la vie continue. J'ai ten­dance à voir les bons côtés de cette histoire malgré sa dureté.

Entretien traduit de l'anglais par Olivier Peyon

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