Kevin est un acteur encore relativement inconnu, pourquoi l'avez-vous choisi ?

Kevin est un coup de chance. Nous avons visionné des centaines d'acteurs de style différent pour le rôle de Julius. Kevin correspond exactement à ce que nous nous étions imaginé. C'est un excellent acteur, très ouvert, sincère. C'est merveilleux de travailler avec lui.

On vous entend taper sur votre machine à écrire tous les soirs. Vous changez les dialogues ou vous les transformez complètement ?

Robert et moi, nous voulions que les dialogues et le jeu des acteurs soient aussi spontanés que possible. Plus un acteur connaît intimement son rôle, plus il est courageux. Mon rôle sur le tournage c'est d'écouter les difficultés des acteurs sur telle ou telle phrase, tel ou tel déplacement. Puis, la nuit, de corriger telle ou telle scène. Finalement, au tournage, on doit changer les scènes et s'adapter à une situation particulière.

Est-ce que cette forme de collaboration est possible avec tous les réalisateurs ou est-ce plus spécialement avec Frank ?

J'essaie de respecter la particularité et les idées de chaque réalisateur, mais en général ce n'est pas aussi intense qu'avec Robert. Nous sommes collaborateurs et co-réalisateurs, ce qui rend les choses plus intenses, mais plus compliquées aussi.

Est-ce que l'histoire de Candy Mountain est également la vôtre ?

D'une certaine manière, c'est la nôtre, à Robert et à moi. Prenez le cadre de l'histoire : nous vivons tous les deux à New York et nous avons tous les deux une maison au Cap Breton. Le voyage d'Elmore, c'était le nôtre. L'histoire est personnelle, pas au sens textuel, mais dans la façon de se situer dans une culture. Le monde de la musique et des musiciens, leurs problèmes, leur style de vie : tout cela est important pour Robert et pour moi.

Etes-vous apparenté aux Wurlitzer des juke-boxes ?

Oui, ainsi qu'aux Wurlitzers qui sont musiciens et fabricants d'instruments. Peut-être y a-t-il aussi un défi personnel dans cette confrontation avec la musique. Dissimulé certainement, mais je jouais de la musique autrefois. Je connais très bien ce milieu. Et il fut un temps où mon père faisait des violons.

La route en tant que symbole : vous vous voyez en loup solitaire ?

Plutôt comme un nomade. Je ne reste jamais longtemps au même endroit. Je bouge toujours, un peu comme Julius. Il est possible qu'il retourne à New York, mais il est aussi possible qu'il reste coincé au prochain carrefour. Et s'il revient, il ne sera plus le même homme.

Ce qu'apprend Julius au cours de son voyage au Canada, c'est qu'après cette aventure il ne sera plus jamais le même. Mais évidemment, sur un autre plan, il y a aussi l'idée qu'il reste le même, que rien ne change vraiment et que l'on finit toujours par se retrouver, qu'on le veuille ou non, sur la route, seul avec soi-même. La fin du film ne veut pas terminer les choses trop gentiment. Julius se retrouve dans le courant de la vie, et qui sait ce qui va lui arriver ?

Interview Ch. Gehrig "Der Alltag"