Comment définiriez-vous vos personnages ?

Adrien Jolivet : Zim est un mec qui se cherche, mais qui en même temps s'est déjà un peu trouvé. Il fait de la guitare, il bouge, il a ses potes, il met un peu d'argent sur la table pour sa mère, il fait plein de petits boulots, il veut aller jusqu'au bout de son avenir, sortir de son quartier, avoir un peu de thune. Puis il a des problèmes judiciaires, et le système lui rappelle : “Non, il faut que tu trouves un vrai boulot, il faut que tu t'intègres vraiment à la société.” Du coup, il se met à chercher partout un vrai boulot, avec des fiches de paie.

Yannick Nasso : Arthur, c'est quelqu'un qui suit le vent et qui commence un peu à tourner en rond. Il ne pense pas trop travail, il va où on lui propose d'aller : comme son père, à l'atelier de carrosserie. Son souci majeur, c'est les meufs… Tout ce qu'il cherche, c'est à se faire plaisir.

Mhamed Arezki : Cheb, c'est McGyver. Quoi, il est pas bien, mon gondeur-dégondeur ? (Rires) Donc c'est l'inventeur, et en attendant qu'une de ses inventions marche vraiment, il marche avec ses potes.

Naidra ayadi :  Safia est volontaire. Elle ne se laisse pas faire. C'est peut-être la plus lucide aussi. Celle qui voit le plus loin. La plus pragmatique. Elle réfléchit. Une vraie meuf, quoi.

Mhamed Arezki : Elles sont pas toutes comme ça !

Naidra ayadi :  Bien sûr que si. Enfin, c'est pas une petite minette, quoi.

Yannick Nasso : En fait, c'est une grande blonde.

Naidra ayadi :  C'est clair ! C'est vrai qu'au départ, mon personnage était le moins présent des quatre et en même temps le plus solitaire. Mais au fur et à mesure, il s'est affirmé. Même si c'est par petites touches. Son caractère est devenu de plus en plus fort. Ce que j'avais envie de défendre, c'est le contraire de l'image de la beurette un peu effacée et soumise. Elle est active, elle sait ce qu'elle veut, elle fait ce qu'elle a envie de faire, elle sait défendre son indépendance.

Comment avez-vous été choisis ?

Adrien Jolivet :  Par piston.

Yannick Nasso : Le père d'Adrien, que je connaissais, m'a proposé le rôle.

Adrien Jolivet :  Avec Yannick, on se connaît depuis l'âge de dix ans.

Yannick Nasso : J'ai quand même passé une audition.

Mhamed Arezki : Moi, j'ai été convoqué. Mon agent m'a appelé et m'a dit qu'il y avait un casting pour un film qui devait s'appeler La Caisse...

Adrien Jolivet : Il y avait Yannick et moi.

Yannick Nasso : Non, moi, j'étais pas là.

Mhamed Arezki : Si, après, pour le call-back. Pierre nous a convoqué tous les trois pour passer une scène ensemble...

Naidra ayadi : Moi, pareil, casting, audition. D'abord des tests, toute seule, puis la deuxième fois, ça s'est passé avec Adrien.

Le scénario de départ était comment ?

Adrien Jolivet : Moi, j'ai tapé le scénario. Pierre écrivait avec Simon, il me faxait les scènes avec des questions dans la marge : “Est-ce que ça, c'est possible ?” En retapant, Yannick et moi, on corrigeait des expressions, on émettait des idées, on suggérait des situations. Après, quand on a commencé les lectures, c'est surtout au niveau du dialogue que ça changeait. Mais ça venait tout seul. Puis, sur le plateau, ça changeait encore…

Yannick Nasso : Ce qui est agréable avec Pierre, c'est qu'on peut changer tout le temps, c'est jamais en bronze.

Mhamed Arezki  : Dès qu'on avait des idées, c'était toujours bon à prendre.

Yannick Nasso : Il était à notre écoute, mais en même temps hyper-vigilant sur ce qu'il voulait lui.

Naidra ayadi :  Il recadrait tout le temps.

Adrien Jolivet : Mais il nous laissait des petites parts d'impro. “À partir de là, vous pouvez délirer un peu là-dessus, mais après revenez avec cette réplique-là pour rentrer dans le texte.”

Naidra ayadi : On était suffisamment en confiance pour que ça se passe comme ça. On donnait, il faisait le tri.

Adrien Jolivet : C'est sûr. Parce qu'à notre niveau, sur l'instant, c'était difficile de savoir si on était dans le ton. C'est après, quand le film est fini, que tu te dis : “Ah, c'est ça qu'il voulait.”

Et sur le tournage…

Mhamed Arezki (répondant à Adrien) : Moi, j'étais super-stressé. À chaque fin de scène, quand il disait : “C'est bon”, toi t'es là, t'as ton cœur qui bat et tu te dis : “Non, s'il me dit que c'est bon, c'est juste pour me faire plaisir.” “T'es sûr que tu veux pas que je fasse autre chose ?” Comme c'était un vrai premier film pour nous, on voulait tous faire des trucs, quoi, pour faire bien.

Adrien Jolivet : Parce que tu sais pas si t'es assez intéressant pour que la caméra s'arrête sur toi. Et c'est sûr que ça fait un peu flipper.

Mhamed Arezki  : Tu te dis, “Là, je n'ai rien fait, j'ai pas assez donné.” Et lui, il te dit : “C'est bien.” “Mais alors quoi, il veut vraiment qu'on fasse rien ?”

Vous connaissez les personnages du film ?

Yannick Nasso : Je vis à Aubervilliers, il y a de tout. Et puis beaucoup de gens ne sont pas nécessairement des lascars ; ils cherchent un travail, ils cherchent à entrer tranquillement dans leur vie sans faire chier personne…

Naidra ayadi :  En plus, c'est pas du tout les gens dont on parle d'habitude. Peut-être qu'on les trouve pas super-intéressants. Mais c'est des gens qui bossent, qui suivent leurs routes, qui ont des galères comme tout le monde, qui vivent en famille ! En général, à la télé, on montre plutôt les extrêmes.

Le film décrit aussi une génération où la… “taquinerie raciale” est constante.

Mhamed Arezki  : Pierre voulait montrer qu'on jouait avec ça… Que je l'appelle le noir ou qu'il m'appelle l'arabe ou elle la beurette… C'est plus notre amitié que nos couleurs.

Naidra ayadi : Nous, quand on en parle, c'est jamais le souci. Quand on dit : “Arabe, oh pardon !” C'est pas une insulte, c'est un fait.

Yannick Nasso : On sent qu'on a toujours grandi mélangés.

Adrien Jolivet :  C'est justement ça que le film voulait montrer, cette espèce de vie de quartier où on se retrouve tous et où on fait des tas de trucs ensemble… Il a appuyé sur le fait que nous, ça nous fait marrer.

Naidra ayadi :  Ce n'est jamais un souci. C'est toujours du second degré. Chaque fois que le problème du racisme est posé, c'est jamais entre eux. Le problème, ça reste le regard extérieur.

Et le groupe ?

Mhamed Arezki  : Au départ, il y avait la musique, par plaisir, pour pouvoir créer quelque chose ensemble.

Adrien Jolivet : Après les essais avec Mhamed, on parlait un peu, il m'a dit qu'il faisait du rap, je lui ai dit : “Passe à la maison…” Et puis on a fait le titre du générique de fin. Carrément.

Mhamed Arezki : On se retrouvait chez Adrien, et on était nous-mêmes… On s'est pas dit : “Il faut qu'on fasse un titre…”.

Adrien Jolivet : Je crois que ça a permis de nous connaître mieux, c'est tout. Est-ce que ça nous a aidé en tant qu'acteurs ? Sûrement.

Mhamed Arezki  : Mais on se posait pas trop de questions et on faisait pas la frontière sur le tournage non plus.

Adrien Jolivet : Dès les essais caméra, c'était frappant pour toute l'équipe. On était vraiment comme des potes.

Naidra ayadi :  La première fois que je les ai vus tous les trois ensemble, ils déconnaient, ils étaient hyper à l'aise, j'étais complètement spectatrice de leur délire et j'étais hyper flippée, donc j'étais un peu fermée. Puis très vite, j'ai essayé de devenir leur pote mais j'y suis pas arrivée.

Les trois garçons (se jettant sur elle) : Mais si ! On t'aime !