Son titre "Cerny Petr" signifie le "Pierrot Noir", le valet de pique, le "mistrigris", c'est à dire la mauvaise carte dans certains jeux. Pour garder le sens du titre original, le titre français s'est traduit par L'As de pique. Toute la construction du film se fait autour du personnage de Pierre/Petr, présent pratiquement à toutes les séquences et le film a une couleur très autobiographique, Forman ayant été commis dans un magasin où travaillait l'un de ses camarades.
Le cinéaste écrivit ainsi une première adaptation puis s'aperçut que la peinture de la jeunesse de 1947 ne correspondait plus à la réalité de 1962. Comme il voulait qu'à travers ses souvenirs personnels, la jeunesse se reconnaisse dans son film, il écrivit un second scénario avec la collaboration de Jaroslav Papousek, son scénariste habituel. La plupart de ses acteurs n'étant pas des professionnels, il y eut encore des modifications en cours de tournage pour s'adapter à la personnalité de chacun des interprètes.
Milos Forman racontait ainsi l'aventure en décembre 1965, dans les colonnnes du Nouvel observateur, alors que la France découvrait coup sur coup ce grand auteur avec ses deux premiers films, coup sur coup, L'As de pique et Les Amours d'une blonde.
"La première version de L'As de pique s'inspirait de la nouvelle, et je l'ai proposé à la direction du studio. Sans attendre son avis, j'ai commencé à faire des repérages pour les acteurs. J'ai vite trouvé des lieux, le magasin, les parents. Mais j'ai rencontré des difficultés avec les jeunes. C'étaient de jeunes de 1963, pas de 1947. Ils avaient changé, ils ne correspondaient plus au scénario et aux dialogues. Ça m'ennuyait de les obliger à jouer des hommes qu'ils n'étaient pas, et quand j'ai décidé de tout récrire pour eux, d'après eux, j'ai reçu l'autorisation de tournage de la direction du studio.
Les dépenses étaient engagées, je devais commencer mon mois de préparation. Je l'avais déjà faite, la préparation. J'ai utilisé tout mon mois, mais à récrire le scénario. J'ai eu quelques difficultés avant de commencer le tournage. La direction du studio ne comprenait pas que je me sois permis de refaire entièrement un scénario qu'elle avait trouvé bon. Mais ils ont compris mes raisons.
J'ai tourné en trente-cinq jours répartis sur deux mois. Des fois, il fallait attendre le beau temps; des fois, quelqu'un avait la grippe; des fois, je n'avais pas d'idées. C'est une chose assez agréable, quand un film ne coûte pas cher, de pouvoir s'arrêter comme ça et reprendre quand on veut."