Chère Suzette,
Merci pour ta lettre.
Je suis désolé que tu aies le sentiment que je n’ai pas exploré la "strate" de ta joie de vivre. Je pense que c’est inexact : tu transpires de vie et ton sens de l’humour est présent dans chaque plan du film. Tu dis des choses merveilleuses à propos des enfants que tu as vu grandir.
Tu es surprise car tu souhaitais, comme je te l’avais annoncé en début de tournage, que le film soit exclusivement axé sur les écoles. Nous avons effectué cette version mais le résultat était loin de toi. C’est pour cette raison que j’ai décidé de refonder entièrement le montage en utilisant plus d’éléments personnels. Certains sont douloureux, mais ils te montrent très humaine. Ton humanité ressort lorsque tu n’en as pas conscience et c’est mon rôle en tant que réalisateur de trouver ces moments et de les utiliser pour te raconter.
En fait, je te raconte à travers toi, car si je te demande de te raconter, ce que j’ai fait au départ, tu racontes ton histoire, mais pas toi. Je trouve, et tout le monde te le dira, que tu apparais formidablement vivante et pleine de joie de vivre, dans un environnement difficile, certes, mais qui ne fait que mettre en valeur tes qualités. J’espère que tu le verras au final.
Et je suis désolé si je te cause de la peine. Ma plus grande peine serait d’avoir échoué à transmettre les raisons qui font que tu m’es si chère. C’est ce qui a guidé mes choix à chaque instant.
Je t’embrasse très fort,
Michel.