" Un homme qui crie n’est pas un film sur la guerre, mais sur ceux qui la subissent, qui ont le sentiment que leur propre destin leur échappe…

J’en sais quelque chose, moi qui suis un rescapé de la guerre civile au Tchad. En 1980, j’ai été grièvement blessé... J’ai dû quitter mon pays sur une brouette pour rejoindre le Cameroun voisin…

Vingt-six ans plus tard, le 13 avril 2006, alors que je tournais mon film Daratt, des rebelles sont entrés à N’djaména. Les combats à l’arme lourde ont duré six heures : 300 morts.

En février 2008, rebelote : les rebelles sont entrés à nouveau à N’djaména et j’étais en train de tourner un court métrage Expectations : trois jours de combat et des centaines de morts.

Autant dire que la guerre est prégnante au Tchad. Cette violence endémique a causé un traumatisme profond de la population ...

C’est dans ce contexte tendu et instable où la guerre menace, où l’hôtel dans lequel il travaille, est privatisé, que survit Adam. Alors que tout autour de lui fout le camp, la seule chose à laquelle Adam peut encore se raccrocher, comme à une bouée de sauvetage, reste cette piscine. Cette eau plane, sans vague, devient pour lui le seul espace où il a le sentiment de maîtriser son destin, le sentiment d’être encore en vie, de ne pas sombrer...

C’est ce climat de peur face à l’avenir que j’ai tenté de saisir dans Un homme qui crie. Quand on voit le monde s’effondrer autour de soi, quand les repères sont brouillés, quand la pression politique et sociale est trop forte, on finit par perdre pied… C’est ce qui arrive à Adam. Après avoir commis l’impardonnable, il voudra très vite réparer sa faute, se racheter. Mais il prend douloureusement conscience que le cri de sa souffrance n’a en réponse que le silence de Dieu… Il sait qu’il n’y aura pas de rédemption possible. Qu’il ne trouvera jamais la paix."