La solitude du créateur

Conférence de presse de Wojciech Jerzy Has. Nous sommes bien une douzaine. Derrière le tapis vert de la table, un monsieur d’une soixantaine d’années, soigneusement coiffé, cravaté, les mains jointes, la voix affable, l'œil qui écoute. Depuis Le Manuscrit trouvé à Saragosse en 1964, depuis La Poupée et La Clepsydre, on sait que W. J. Has est un visionnaire comme il en existe très peu dans le monde du cinéma. L'égal de Fellini par la luxuriance des images, de Tarkovski et Satyajit Ray par la densité de la réflexion. Chez lui aussi, les désirs deviennent actes et de la vision naît l'émotion. Ce qui rend hypnotiques certains de ses plans chargés d'énigme.

Qui est-il ? D'où vient-il ? Que veut-il exprimer? Le respect qu'il a du spectateur-auditeur lui interdit de proposer davantage que ses films eux-mêmes. Il a un léger sourire, comme pour s'excuser de n’être pas assez cuistre pour fournir une explication de texte ou livrer une anecdote. Ha­bitué à arpenter les dédales souterrains de la nature humaine pour mieux interroger les mythes, tout ce qu'il peut dire, c’est qu’il a toujours fait en Pologne les films qu'il avait envie de faire. Les influences picturales dans son œuvre ? « Le tableau d'un inconnu peut me hanter davantage qu'une œuvre célèbre, mais s'il faut ne citer qu'un peintre, ce serait Jérôme Bosch. » L'ésotérisme ? « Oui. l'un de mes filins à pour titre : Les Chiffres. J'ai un peu étudié la kabbale. J'y ai surtout appris qu'il faut se plier à une discipline ; si on ne veut pas se perdre. Je suis touché surtout par l’Apocalypse selon saint Jean, qui est à ia lisière des deux Testaments. » Son moteur ?« L'intuition. Je n'aime pas être pris au collet par la raison. » Son prochain film ? Une coproduction avec la France, « Les Tribulations héroïques de Balthazar Kober », d'après le roman de Frédérick Tristan. Lequel déclare avoir été fasciné par La Clepsydre...Peut-on reprocher à un créateur qui nous a emmené si loin dans le temps et la mémoire collective d'être si élusif? Feuilletons plutôt, avec émerveillement, « Le Journal intime d’un pé-cheur ». Nous sommes au XVIIIe dans un pays protestant indéterminé. Un gardien de cimetière exhume la dépouille d'un jeune homme - décédé depuis peu - qui se met à parler... « Ce qui plus que le but, c'est le voyage », suggère Wojciech Jercy Has.

G.G.