4 ans

Nous avons fait parler des centaines d’enfants sur la mort, sur la représenta­tion qu’ils se font de la mort. Ils l’ont dessinée, ils ont commenté.

A partir de 4/5 ans, l’enfant sait que la mort est inéluctable. Après 5 ans, il est dans la rationalité (par exemple Matiaz : « on a bien vissé, on peut pas sortir...»). Il fallait chercher une enfant plus jeune. Petites sections de maternelle, l’enfant serait là. L’entreprise paraissait peu raisonnable, mais un film sans risque n’est pas sage.

Nous avons trouvé Victoire.

 

Parole

Il y avait un synopsis. Et donc, de janvier jusqu’à juin, cinq équipes qui inter­rogeaient et filmaient les enfants.

Tous les soirs je pouvais les entendre et les voir sur les bandes-vidéo.

J’ai attendu que cette recherche et que le travail dans des petits ateliers du mer­credi avec les plus «doués» se terminent.

Alors les scènes dialoguées se sont écrites très vite. Je n’y serais pas parvenu s’il n’y avait pas eu cette écoute et ce travail avec eux.

Le sentiment que le film a été écrit par les enfants.

 

Petits et grands

Le soir, il y avait des réunions avec l’équipe. C’est un film où chacun à son poste devait occuper plus de place encore. Bien réfléchir sur les erreurs du jour, sur nos réussites aussi pour rendre les enfants plus sereins à la vue de notre très bonne solidarité et de notre grand désir de faire un film avec eux. Transformer un régisseur en assistant, faire monter les «nounous» du soir en assis­tants du jour... Nous étions tous assistants pour soutenir les enfants dans leur travail et pour prendre part à leurs jeux.

Les enfants ont souhaité des réunions aussi. Le matin, il y avait réunion des petits.

Je leur parlais de ce qu’on allait faire le jour même.

Généralement, ils ne parlaient pas du film, mais ils étaient très fiers. « On n’peut pas, on va à la réunion des petits » - c’était la réplique joyeuse du matin.

 

Désir

Ne pas céder sur son désir...

Ponette est une enfant qui ne cède pas sur son désir, qui n’accepte pas ce que les autres lui proposent.

Elle lutte contre son entourage. Elle n’est pas prête à avaler n’importe quoi pour se consoler. Elle s’accorde le droit de ne pas accepter, elle se comporte comme une enfant autonome. Elle résiste. J’aime comme elle résiste, avec autant d’entêtement. J’aime qu’elle refuse ce qu’on se croit obligé d’accepter.

 

Renoncement / Lâcheté

Dans une vie d’adulte il y a beaucoup de renoncement. Tout petit, l’enfant est très costaud. Et c’est cet enfant qui va tout abandonner en grandissant. Si cha­cun cédait un peu moins sur son désir, on pourrait beaucoup. C’est peut-être cette lâcheté des adultes qui m’a incité à filmer la petite Ponette en rencontrant Victoire.

«Laissez venir à moi les petits enfants...». Bien sûr, il/Il a raison (il n’est pas bête), c’est les plus forts, les meilleurs aussi. On n’a pas de raison d’accepter toutes les saloperies du monde et tout ce à quoi, enfant, on n’était pas près de « faire avec ».

 

Toute puissance

Ponette a le remède d’appeler, exactement comme les bébés appellent leur mère: quand celle-ci disparaît du champ de vision, l’enfant appelle et la mère vient. Au fond, et c’est caractéristique de la petite enfance, Ponette ne sait même pas à quel point elle résiste : il y a une évidence à appeler, une évidence à ce que sa mère revienne quand on l’appelle.

Beaucoup d’enfants feraient comme Ponette si on leur en laissaient la liberté. Nous-mêmes on fait accepter la mort aux enfants, on passe même notre vie à ça...

 

Acceptation

ou comment renoncer tout en ne cédant pas à son désir

Oui, l’enfant va finir par accepter mais entre l’enterrement et l’acceptation, il faut qu’il se passe quelque chose...

C’est une enfant qui résiste à la mort et qui ne peut accepter qu’à condition que, entre les deux, une parole de la mère soit entendue.

Elle n’est pas prisonnière des croyances et des rites des adultes : c’est une enfant éveillée qui voit sa mère repartir mais qui l’accepte, pull en main, et avec la parole de sa mère (« apprendre à être contente »). C’est son expérience, c’est quelque chose qui ne lui vient pas des autres.

Malgré tout c’est une enfant qui accepte de voir sa mère repartir.

 

Hallucination / Résurrection

On n’a pas à s’interroger sur la réalité de ce qui s’est passé (encore qu’un pull rouge soit là qui symbolise et le retour et l’absence).

Il y a du rêve. Nous on ne sait pas ce qui a eu lieu, elle le sait.