" Le film parle du poids du passé. Du silence soudain qui précède la tempête.

Il parle de 25 millions de vagues, d’un cuisinier espagnol et d’une oie. Mais surtout, il parle du pouvoir de l’amour qui transcende les plus atroces des circonstances.»

J’ai entendu quelqu’un dire que si on avait une vie intérieure, on menait une double vie. Les mots, comme des bancs de poissons, se promènent en bande dans notre tête et se rassemblent autour de nos cordes vocales, se battent pour sortir et être écoutés par les autres. Parfois ils se perdent pendant le voyage entre la tête et la gorge.

Le film parle de ces mots perdus qui errent pendant très longtemps dans les limbes du silence (les malentendus, les erreurs, le passé et la souffrance). Un jour, ils sortent en force et une fois lancés, plus rien ne les arrête. Hanna vit dans le silence que sa surdité lui impose, même si très souvent il semble que ce silence soit sa seule arme contre le monde. Josef parle comme si seuls les mots, l’ironie, la plaisanterie et l’humour pouvaient l’empêcher de devenir complètement fou.

La rencontre des deux personnages, l’attirance physique inévitable établie entre une infirmière et son patient leur montreront l’autre versant de la réalité dans laquelle ils baignent. L’empathie, la capacité mystérieuse de ressentir les dilemmes de l’autre comme les siens feront tomber tous les murs qui les entourent : celui du silence et celui du cynisme.

Il y a 11 ans, je suis allée sur une plateforme au Chili et depuis, chaque jour, j’ai essayé de trouver une histoire à raconter. C’est un endroit fascinant. Un endroit à part entière, au milieu de la mer, fabriqué par l’homme, un microcosme où des gens de nationalités différentes sont obligés de vivre ensemble et doivent créer des règles pour cette cohabitation, et travailler en équipe dans des conditions extrêmes.

S’il fait froid, on y meurt de froid. S’il y a du vent, mieux vaut mettre des pierres dans ses poches. Et s’il fait chaud (dans la salle des machines, il fait toujours chaud), on se croirait dans une peinture d’El Bosco. Il y a un bruit monotone, infernal et constant, les sols sont glissants (un mélange de pétrole et d’humidité).

Parfois, on peut téléphoner, mais pas tous les jours. Le sentiment d’isolement est si fort que quand on retourne sur la terre ferme, pendant quelques instants, on pense que le monde a disparu et qu’on trouvera les rues, les parcs et les maisons vides.

Et pourtant... je ne pouvais pas rêver d’un meilleur endroit pour raconter cette histoire."

Isabel Coixet