Les premières versions du scénario écrites par Paul (Laverty) se déroulaient entièrement au XVe et XVIe siècle. Elles relataient les voyages de Colomb et ses premières années au « Nouveau Monde ». Le personnage central était Bartolomé de Las Casas (1) . C’était une histoire passionnante mais Paul a eu envie d’aller plus loin, de confronter ce récit à notre histoire contemporaine.

Une nouvelle version a vu le jour, elle mettait en parallèle l’exploitation et la résistance des Indiens au XVIe siècle et la situation, aujourd’hui, en Amérique Latine. La guerre de l’eau qui a eu lieu en 2000 à Cochabamba, fournissait le parfait exemple de résistance civile à la privatisation d’un bien essentiel plus précieux encore que l’or : l’eau.

Même la pluie raconte le tournage d’un film d’époque dans une Bolivie déchirée par les conflits de l’eau. Paul a souhaité dédier le film à son ami Howard Zinn, mort au début de l'année. Cet historien radical américain, auteur d'Une histoire populaire des États Unis, l'a beaucoup aidé dans ses recherches pour le film.

Réaliser ce film était un véritable défi, cela revenait à réaliser trois films en un : tout d’abord un film d’époque, mais aussi un film sur un conflit récent, et enfin un film sur le tournage d’un film d’époque.

Maintenir la tension et faire progresser le récit à travers les trois histoires en maintenant l’intérêt du spectateur était un challenge. Mais en réalité la complexité du projet était un cadeau : un réalisateur a rarement l’occasion de travailler un matériau aussi original et riche, ayant de surcroît une telle résonance avec un des conflits les plus cruciaux de notre époque.

Etant donné la complexité du scénario, il était essentiel de mettre en exergue le personnage de Costa et l’évolution de sa relation avec Daniel (2), interprété par l’acteur bolivien Carlos Aduviri, qui le changera profondément. Pendant le tournage puis pendant le montage, j’ai essayé de trouver les moments clés de cette évolution – parfois un simple regard, un silence.

J’avais l’intime conviction que l’émotion du film naîtrait du conflit entre ces deux personnages et de la prise de conscience par Costa de la réalité dans laquelle vit Daniel : un monde bien plus dur que le sien.

Même la pluie  est de loin le film le plus compliqué que j’ai réalisé. Plus qu’une aventure, un défi pour chacune des personnes engagées dans ce projet.

Comment manger un éléphant ? Morceau par morceau.

Comment faire un film avec autant de figurants, de personnages, d’action ? Plan par plan. C’est comme ça que j’ai pris les choses, en planifiant minutieusement chaque scène, en choisissant et en dirigeant chaque figurant, en travaillant phrase par phrase avec les acteurs qui pour certains n’avaient jamais joué auparavant, en me reposant sur des équipes techniques et artistiques espagnoles comme boliviennes remarquables.

 

Icíar Bollaín

(1) Bartolomé de Las Casas (Séville 1474 – Madrid 1566) : prêtre dominicain espagnol, célèbre pour avoir dénoncé les pratiques des colons espagnols et avoir défendus les droits des Indigènes en Amérique.

(2) Daniel est un des leaders de la rébellion populaire mais aussi la personne choisie pour incarner le chef indien Hatuey.