« Il y a dans mon premier long-métrage, Le Village des ombres, l’essence de ce qui me fait vibrer depuis l’enfance, en tant qu’amoureux de suspenses fantastiques comme Les Autres ou La Maison du diable : l’atmosphère oppressante, mystérieuse, amenée par la suggestion, la gestion de la tension, du temps et des silences. Le film se sert de notre imaginaire, ce qui est parfois bien plus efficace que le gore des films d’horreur sanguinolents, dont il est l’exacte antithèse…
Au centre du film, il y a Ruiflec. Un village perdu dans les ombres, apparemment sans âme qui vive... un village hanté par quelque chose qui n’a rien d’humain… et qui va sceller le destin de nos neuf personnages en une nuit. La manipulation des personnages par ce lieu maudit est au centre de notre histoire.
Pour lui donner corps, l’équipe artistique du film a apporté un soin maniaque à la crédibilisation de Ruiflec, qui va soumettre nos protagonistes à un jeu machiavélique. Au delà du soin apporté à l’esthétique gothique du film, aussi bien visuelle que sonore, il était primordial que Le Village des ombres soit incarné. J’ai donc fait du jeu des acteurs ma priorité.
Je ne voulais pas de personnages à deux dimensions, qui se contentent d’aller mécaniquement d’un point A vers un point B, sans ressentir réellement le cauchemar qu’ils endurent. Il était important que, même dans un film fantastique français, le spectateur puisse s’identifier à eux afin de partager leur angoisse de façon intime. Il me fallait donc être au plus près de leurs émotions.
J’ai donc choisi de travailler avec un groupe d’acteurs que j’admirais pour leur justesse, dont trois figures principales, féminines, fortes : deux sœurs aux rapports conflictuels, interprétées par Christa Theret – un premier rôle inédit, au physique diaphane mais à l’incroyable force intérieure, qui acquiert ici une nouvelle maturité – et Ornella Boulé – une nouvelle venue à la présence magnétique et animale. Ce duo est complété par la très belle Barbara Goenaga, une comédienne au talent rare, qui vient du cinéma fantastique espagnol, dont je m’inspire ouvertement.
Le Village des ombres doit en effet beaucoup à ce cinéma, plus onirique que réellement terrifiant. J’ai souhaité le prendre pour modèle, afin de trouver le ton juste pour raconter la malédiction qui pèse sur ce village. Je souhaite à travers ce film jouer avec l’angoisse des spectateurs et leur offrir, je l’espère, de quoi aiguiser leur goût du mystère… »
Fouad Benhammou