Comment est née l'histoire de ce film ?

Je la porte en moi depuis très longtemps. Elle repose sur le principe du poisson hors de l’eau et narre les péripéties vécues par un type lambda qui, en prison, se fait passer pour un as du cambriolage afin qu’on le respecte et qu’on le laisse tranquille. Une usurpation d’identité tellement réussie qu’un gangster un peu sur le retour le fait s’évader pour qu’il participe à un gros casse. Jolis quiproquos, tandem séduisant. J’ai écrit le premier jet et je l’ai confié à Guillaume Lemans et Jean-Paul Bathany. Avoir des idées, laisser des auteurs travailler, puis intervenir de nouveau dans le développement est un processus de création que j’affectionne.

Et qui vous conduit automatiquement à la réalisation ?

Pas du tout, je suis d’abord producteur. Je ne pensais d’ailleurs pas mettre en scène Le Marquis, mais plus nous avancions dans le projet plus l’idée me plaisait. Celle, notamment, de composer un duo “à la Veber” - une façon de lui rendre hommage - à travers une comédie d’aventures mais à ma façon.

Comment définir votre façon, justement ?

Ce qui me touche dans la comédie c’est le supplément d’âme humaine, la fêlure, la fragilité. Le gangster sur le retour a envie de fonder une famille, le vendeur d’alarmes, au chômage, a déjà une femme et une fille et il se doit de les protéger, le méchant pourrait bien s’avérer être un crétin. C’est une manière d’ancrer l’histoire dans la réalité qui permet aux acteurs de jouer juste. On rit plus, il me semble, avec Le Marquis, des situations elles-mêmes que des effets comiques.

Le film était-il écrit au départ pour Franck Dubosc ?

C’est un pari que nous avions fait quitte à ce qu’il nous dise non. Je savais que Franck était très bon acteur mais surtout qu’il était le personnage et je ne voyais personne d’autre à sa place. Je le connais bien depuis longtemps, je sais qu’il a cette capacité énorme de faire rire mais aussi cette petite fêlure enfouie en lui qui va toucher le spectateur.

Comment avez-vous choisi l'acteur qui devait tenir le rôle du "clown blanc" face au "boulet" Dubosc ?

Je le dois à Franck qui m’a dit très rapidement :  "Pour ce rôle-là, j’ai besoin d’avoir quelqu’un en face qui renvoie très, très bien la balle". De fil en aiguille mais assez vite finalement nous sommes tombés d’accord sur Richard Berry. Il a lu le scénario qui lui a beaucoup plu, mais il avait quelques réserves et souhaitait quelques modifications. C’est lui, d’ailleurs, qui a eu la fameuse idée du cours où il enseigne à son partenaire à jouer les durs. Ces petites corrections effectuées, il a accepté immédiatement. Dès la première lecture, dans mon bureau, le tandem m’est apparu comme une évidence. Ensuite, nous avons eu la chance de tourner le film pratiquement dans sa continuité aux Philippines. L’amitié qui naissait petit à petit entre les deux acteurs était de plus en plus visible à l’écran et ça ne pouvait que servir l’histoire.

Qu'est-ce qui vous a conduit à choisir Jean-Hugues Anglade pour tenir le rôle du méchant ?

La semaine où j’ai visionné quatre épisodes de suite de Braquo je suis également tombé à la télévision sur Nikita et je me suis dit que Jean-Hugues pouvait faire vraiment peur tout en maîtrisant une forme de second degré. Lui était un peu inquiet, soucieux de savoir si notre histoire, et son personnage, allaient basculer dans la pantomime. Quand il a compris que mon voeu le plus cher était qu’il reste vrai, il a accepté. Quel grand acteur, quelle chance j’ai. Il est à fond dans son personnage, on pense qu’il peut tuer. Il est là pour ça d’ailleurs : apporter le danger et la crédibilité.

Quand vous réalisez quelles sont vos références de mise en scène ?

Si un jour je devais être réincarné j’aimerais bien que ce soit en Steven Soderbergh, un type qui passe de genre en genre avec un tel talent, qui peut faire Solaris, L’Anglais entièrement tourné à l’épaule ou The Good German. J’avais ce dernier film en tête mais aussi certains autres longs métrages d’action de Tony Scott. Mais bon, il faut garder les pieds sur terre : je ne suis que Dominique Farrugia.

Etes-vous un réalisateur plutôt dirigiste ou bien ouvert à toutes les propositions ?

À l’inverse de certains metteurs en scène, je n’ai pas de musique en tête, j’ai un rythme et une envie que je tente de suivre. Je sais où je veux emmener les acteurs. S’ils me font des propositions qui ne sont pas forcément dans la même tonalité, dans la même mélodie, mais qui vont dans le bon sens, je prends. Je peux être une véritable éponge surtout quand j’ai Berry, Dubosc et Anglade en face de moi. Sinon je dis non. Richard, qui est un formidable réalisateur, m’a fait parfois, très délicatement, quelques suggestions que j’ai trouvées intéressantes et dont j’ai tenu compte. Et puis, tout au long du tournage, j’ai été leur premier spectateur et je peux vous dire que j’ai beaucoup ri.