Au nom du peuple italien s'est fait à partir du face à face Gassman-Tognazzi. Je ne crois pas beaucoup à la direction d'acteurs. Tout le talent d'un metteur en scène est de savoir choisir ceux qui sont “dans” le personnage. S'ils sont “à côté”, il n'y a rien à faire. Le talent n'est pas en cause. Au cinéma, c'est le visage qui compte. Finalement, dans la vie Tognazzi est plus dur que Gassman. Sur l'écran, le rapport est inversé.

Dans ce film, plus que le conflit de deux idéologies, j'ai préféré la confrontation de deux types de jeu, de deux acteurs, ou plutôt de ce qu'ils représentent : deux types humains, deux types italiens. Gassman, avec son physique hautain, un peu allemand, avec son agressivité triomphaliste, représente les classes privilégiées, représente l'un des masques de l'Italie contemporaine : celle du boom économique et des désastres qu'il cache. Tognazzi, c'est l'Italien qui paie ses impôts, qui paie le prix de la corruption. Je me retrouve un peu en luui, avec d'un côté le grand amour que j'ai de la vie, et, de l'autre, la grande méfiance que j'ai des hommes. Je suis un individualiste un peu ours et je fais des comédies, cela fait partie de mes contradictions.

Je ne crois pas, au cinéma, à l'engagement politique. Je veux divertir, mais sans pour autant éluder les vrais problèmes. Mes films, sans en avoir l'étiquette, ont un contenu politique cependant. Est politique tout ce qui s'occupe de la société et je fais des films où les personnages sont des échantillons de la société où nous vivons.

Dans la division qui existe entre la gauche et la droite, entre deux types de culture, c'est surtout le rapport moral qui m'intéresse. Au nom du peuple italien n'est pas un film manichéen...

Dans le film, le juge qui se présente comme un homme de gauche, de culture socialiste, a ses manies de droite, ses tics, et l'industriel qui est un homme de droite serait au fond capable de gestes courageux, il n'est pas enfermé dans sa violence, sa paranoïa : c'est le personnage du Fanfaron dix ans plus tard.Le film, à travers ces deux personnages, est un peu le portrait de l'Italie d'aujourd'hui, divisée entre son égoïsme et sa générosité, capable de sacrifices puis rebelle à la structure sociale, puis soudain animée d'idéaux généreux, sans jamais aucune continuité."

Extraits d'une interview menée par Anne de Gasperi (L'Express 10/02/1975)