Une femme vient de se faire offrir un camescope pour son départ en retraite. On l'entendra sans la voir. Elle a la voix de Marie Rivière et dit avoir 60 ans. Pour elle c'est sans doute le début d'une certaine liberté que lui envient deux aînés assis à l'ombre à l'heure du cagnard. Les deux octogénaires ne lui donnent pas son âge et elle ne semble pas se sentir si vieille que le lui dira sa petite fille d'à peu près huit ans : "Est-ce que tu regardes ce que tu filmes ? - Non - Alors comment tu peux savoir si c'est beau ? - Je regarderai ça plus tard quand je serai très vieille - Mais tu es vieille..."

Filmé tantôt au camescope Hi-8 tantôt au numérique le plus contemporain et le plus cru, Madeleine et les deux Apaches opère un aller-retour du passé au passé en passant par un songe qui, donc, n'est d'aucun temps. Double gageure pour Christelle Lheureux s'attaquant aux deux types de récits les plus incommunicables, le film de famille et le rapport de rêve. C'est pourtant réussi, on ne sait trop comment, si c'est par quelque foi dans le cinéma, la magie d'une sincérité totale ou parce qu'il y a tout simplement un metteur en scène derrière ces images à l'allure brute et maladroite.
 
Pierre Crézé

 

Rencontrée lors de l'édition 2013 de Côte court, Christelle Lheureux évoquait six de ses cinéastes de chevet, dont les films sont disponibles sur UniversCiné. Voici sa playlist :

La Forêt de Mogari, de Naomi Kawase

Oncle Boonmee, d'Apitchatpong Weerasethakul

In Another Country, de Hong Sangsoo

Le Rayon vert, d'Eric Rohmer

La Femme sans tête, de Lucrecia Martel

La Bataille de Solferino, de Justine Triet

 

Christelle Lheureux sera présente au Ciné 104, ce lundi 16 juin à 20h, pour parler avec le public de Madeleine et les deux Apaches, projeté dans le programme fiction n°5.

Le programme 5 sera projeté à nouveau le jeudi 19 juin à 22h, même endroit.