L'Austerlitz de Sebald est un entrelacs serré de récit et de monologues aux allures d'autobiographie et d'essai sur l'architecture. Le texte s'accompagne, au long de quatre-cents pages très denses, de photographies aux provenances diverses et jamais révélées. Sebald inventa à ces images des histoires, des origines, des parcours, manière de renforcer la vraisemblance de son récit par un surcroît de fiction et de plonger plus sûrement dans les heures les plus noires du XXè siècle européen. Malgré l'aspect hybride de ce livre, derrière le titre, il est écrit "roman".

L'histoire qui nous y est racontée est celle de Jacques Austerlitz, mystérieux historien et passionné d'architecture. Le narrateur le rencontre un jour dans la gare d'Anvers puis à nouveau à Londres et à travers toute l'Europe. Toute, non. C'est qu'Austerlitz ne veut rien avoir à faire avec l'Allemagne. Il a pris cette décision avant même de se découvrir enfant réchappé de la déportation, parti un jour de Prague pour la Grande-Bretagne comme nombre d'enfants juifs dans les années 40.

Praguois lui-même, auteur d'une série documentaire sur l'architecture mais encore d'un documentaire inspiré des journaux de Victor Klemperer, Stan Neumann ne pouvait que s'intéresser à l'Austerlitz de Sebald. Le résultat est magnifique.