Là où je vivais en 1971, j’ai appris que les hôpitaux psychiatriques recrutaient des élèves infirmiers et les payaient pour les former. Je suis allé voir et j’y suis entré. J’ai trouvé un terrain monstrueux d’archaïsme, excitant, exotique, en même temps que des personnes déterminées à faire changer les choses.
J’aimerais rappeler que les conditions faites aux malades en 1971 étaient tout à fait proches de celles des années 40, celles du scénario de Folle embellie.
Sauf qu’il y avait à manger et que l’encouragement de la lobotomie dans les années 50 laissaient aux jeunes infirmiers le soin, dans le libéralisme ambiant, de conduire des groupes de 5 lobotomisées faire connaissance avec l’aventure de la découverte d’un supermarché. Nous avons fait changé tout cela. Bataille politique, psychiatres, syndicats, énorme percée des italiens (Basaglia).
Le changement en France a été rendu possible au départ par le mouvement psychiatrique de la Résistance (Bonnafé, Ajuriagara, etc...)
Là où je travaille aujourd’hui, de jeunes patients terminent des études Bac +3. Ils ont internet dans leur chambre. Ils ont toujours peur du monde, naturellement, mais je n’accompagne plus des lobotomisés au supermarché. Ils le connaissent mieux que moi.
Je parle avec eux de la nouvelle législation des droits de la personne hospitalisée que nous mettons en place. De ce que doit être le règlement dans une institution de soins.
L’aménagement de la vie avec autrui, c’est de ça qu’il est question dans Folle embellie. C’est toujours terrible car chacun veut son dû, et dans le cas de personnes blessées, la blessure comme la revendication n’ont jamais eu de limite et se retournent en autodestruction et tyrannie.
A cet égard, l’effondrement de la société en France en Mai 40 est une sorte de matrice exemplaire : chacun pour soi, appel au père tyran, vite un bouc émissaire...
Toutes choses aujourd’hui présentes malgré les avancées réussies dans la pharmacologie et l’armement militaire.
J’ai aussi été assistant réalisateur sur des longs métrages.
J’ai écrit des scénarios : Le bal d’Irène et Tabarka de Jean-Louis Comolli. L’autre côté de la mer pour Dominique Cabrera
Antoine Montperrin