"Il y a un an, Rodrigo Basáez (directeur artistique de Mon ami Machuca), m’a demandé conseil pour un projet de documentaire sur un salon de coiffure à Santiago. Mais les personnages que j’ai rencontrés dans ce salon de coiffure m’ont semblé appartenir plutôt au monde de la fiction qu’à celui du documentaire. Cette idée l’a séduit; nous avons donc commencé nos recherches et l’écriture du scénario. Par la suite, Mamoun Hassan (co-scénariste de Mon ami Machuca) nous a rejoints et c’est ainsi que nous avons ensemble rédigé le scénario de La Buena Vida.
C’est toujours à travers des personnages que je rentre dans mes propres films. Plus que l’histoire, le contexte ou l’inspiration visuelle, ce sont les individus que nous suivons à l’écran qui m’intéressent et me passionnent. Edmundo, Teresa et Mario, les personnages principaux de La Buena Vida, ont chacun leurs particularités et, malgré leurs profondes contradictions, ils sont capables de générosité. Même si leurs comportements s’expliquent souvent par leurs origines sociale et familiale, ce sont leurs réactions profondément «humaines» qui m’intéressent, les moments où tout devient viscéral, arbitraire, irrationnel. C’est un grand défi pour moi de parvenir à traduire cela dans une oeuvre dramatique.
Nous avons également accordé beaucoup d’importance aux activités de nos personnages, à leur travail. Les métiers donnent l’impulsion aux différentes histoires. Pour Edmundo, son métier représente à la fois un héritage paternel et une manière de se rebeller contre celui-ci. Pour Teresa, c’est un moyen de se réaliser mais aussi un élément qui la renvoie à sa propre réalité. Pour Mario, il s’agit d’une vocation qu’il nourrit, de ses rêves les plus intimes mais qui lui demande de grands sacrifices.
La ville de Santiago est aussi un personnage important du récit. C’est une ville polymorphe et surchargée qui rappelle à ses habitants qu’ils sont encore à la recherche de leur identité.
La Buena Vida traite de la mémoire au sens large du terme. Il s’agit de nos souvenirs, nos sensations, nos certitudes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. C’est dans ce réseau de connexions subtiles que s’inscrivent les vies de Edmundo, Teresa et Mario."
Andrés Wood