Lors de votre visite à Xinyu auprès d’activistes des droits de l’homme, la police vient vous interroger. Vous y attendiez-vous ? Comment avez-vous choisi la place de la caméra ?

Zhu Rikun : Je savais que la police viendrait parce qu’elle nous suivait. Quand nous sommes rentrés à l’hôtel, nous avons vu des policiers postés devant. J’aime filmer des situations spéciales ou reliées à mes activités. J'ai placé la caméra de manière à ce qu’elle puisse couvrir l’entrée de la chambre, là où les gens se trouveraient.

Quel aurait été le risque encouru si la police avait réalisé que vous filmiez l’interrogatoire ?

Filmer dans ma chambre est un droit. Elle devient un lieu privé, dès lors que je la réserve. Mais il existe toujours des risques que l’on ne peut anticiper.

Votre geste est radical, une séquence de vingt minutes, entre la performance, l’urgence de témoigner et une preuve en cas de bavure policière. Comment caractériseriez-vous votre geste ?

Je suis cinéaste et j’aime transformer tout en film. Je choisis la bonne place, le bon moment pour filmer, mais parfois je ne peux décider de ce qu'il va se passer. Je vois plutôt mon geste comme un acte artistique. Les policiers chinois et les officiers sont les meilleurs acteurs du monde !

Deux caméras filment la scène : la vôtre et celle de la police. Un champ/contre champ radical, la lutte entre deux utilisations des images. Les policiers ont-ils l’habitude de filmer les interrogatoires ?

Ces derniers temps, la police chinoise filme souvent ses activités. Il semblerait que cela soit obligatoire. Je pense que c’est une bonne chose. J’espère un jour pouvoir utiliser leurs rushes pour faire un film. Ou même les aider à devenir de bons cinéastes !

Vous êtes aussi producteur et directeur de festival. Vous défendez le cinéma indépendant chinois. Pouvez- vous nous faire un état des lieux du cinéma indépendant ?

Il y a plus de films et de cinéastes aujourd’hui en Chine. Mais peu d’entre eux sont bons : de nombreux réalisateurs se soucient plus d'être connus que de savoir pourquoi ils font des films. Concernant Cha Fang, il a été projeté une fois en début d’année au Fanhall Center for ARTs. Il y avait 30 personnes dans la salle.

Comment parvenez-vous à faire des films aujourd’hui ?

Je n’attends pas grand chose de la réalisation. Mais c’est important pour moi de continuer à filmer. C'est une expression et une arme en même temps. J’espère que cela peut changer quelque chose au moins pour moi-même.

 

Propos recueillis par Alexandra Pianelli et Dorine Brun pour le Festival Cinéma du Réel 2013