"La première fois que j’ai entendu parler du club de sport de l’Hakoah de Vienne, c’était dans un livre sur l’histoire du football. Le passage mentionnait un club juif de football, dont les joueurs arboraient une étoile de David et dont la majorité des adversaires étaient antisémites. Le club a connu des débuts modestes dans la Vienne de l’entredeux guerres. Mais en l’espace de dix saisons, il est devenu la première équipe étrangère à battre une équipe anglaise sur son sol.

Le club est alors devenu un symbole de la fierté juive dans l’ensemble de l’Europe et au-delà. J’avais jusqu’alors perçu les Juifs d’Europe d’avant l’Holocauste comme une communauté plus attirée par les joutes intellectuelles que sportives. La lecture des exploits sportifs de l’Hakoah de Vienne fut une véritable révélation. Soutenu par une communauté juive fière et dynamique, l’Hakoah était l’antithèse complète de ce que j’avais pu imaginer auparavant.

A la haine, l’Hakoah répondait en arborant l’étoile de David sur la poitrine et réfutait par l’excellence physique une idée fausse. Cette extraordinaire histoire se devait d’être racontée au cinéma...

Je me suis rendu en Israël et j’ai effectué des recherches sur l’histoire du club. Cette recherche m’a amené à Vienne, Stockholm, Paris, Londres, Tel-Aviv et New York. Le Président de l’Hakoah, le Dr. Körner, avait fondé en 1938 une amicale – Brit Hakoah 1909 – afin de maintenir les liens entre les membres du club. L’association publiait des revues, organisait des rencontres et avait archivé l’histoire du club dans les moindres détails. J’ai obtenu une liste des membres de l’Hakoah encore en vie, âgés entre 80 et 107 ans, et j’ai commencé à les interviewer.

C’est à partir de ces rencontres que le projet a pris forme. La majorité de ces membres étaient des femmes qui avaient appartenu au club de natation dans les années 30. Après le déclin de l’équipe de football en 1927, elles étaient devenues le porte-drapeau l’Hakoah. Dans les années 30, la natation était l’un des sports phares en Autriche. Les bonnes nageuses étaient élevées au rang de stars comme Hedy Bienenfeld, championne de brasse et l’un des mannequins les plus en vue d’Autriche, admirée pour sa beauté et sa personnalité flamboyante et l’excentrique Fritzy Löwy, bohémienne, lesbienne et nageuse au moral d’acier.

Les femmes que j’ai interviewées comptaient parmi les meilleures compétitrices de l’époque. A l’apogée de leur carrière, trois membres du club y mirent fin brutalement en refusant de se rendre à Berlin pour les Jeux Olympiques de 1936. Au-delà du succès et du courage de ces athlètes, ce que j’ai voulu montrer, c’est aussi leur joie de vivre, leur énergie et leur formidable ouverture d’esprit.

A travers leurs histoires singulières, nous découvrons un monde fascinant, depuis longtemps oublié ; leurs souvenirs d’enfance à Vienne, les liens forts qui unissent les membres du club, leur destin après avoir quitté l’Autriche, laissant derrière elles, familles et amis.

Ces femmes nous racontent également avec beaucoup de dignité comment elles ont reconstruit une nouvelle vie à l’étranger. Des treize nageuses encore en vie, j’en ai choisi huit, dont je voulais raconter l’histoire.

Elles ont grandi dans une Vienne intellectuellement vibrante, et ont dû, plus tard, fuir l’Autriche devant la brutalité des Nazis. Elles ont rejoint le club de l’Hakoah à la recherche de leur propre identité. Les expériences qu’elles y connurent influencèrent considérablement leur personnalité et leur vie…"

 

Yaron Zilberman