Un film d'horreur, une question de contenu ?
Nous aimons un cinéma physique, les films qui secouent, les films qui ne reposent pas sur un simple concept ou un récit, mais plutôt ceux qui montrent des personnages qui transpirent, tremblent, crient, pleurent, saignent et où tous ces éléments sont aussi ressentis par les spectateurs. C’est ce type de cinéma que nous voulons faire, mais sans nous éloigner d’un certain naturalisme. L’horreur que nous voulons montrer est ancrée dans les choses simples du quotidien : un visage bandé, une phrase, une loupe, du fil dentaire.
Inspiration, une question de co-réalisation ?
Pendant des années nous avons regardé des films ensemble, pendant des années nous en avons parlé - et c’est ce qui a peu à peu développé nos idées sur la création d’un film. La division des responsabilités? Il n’y en a pas. Nous écrivons et réfléchissons ensemble, réalisons, échouons, rions, montons ensemble. Nous nous inspirons l’un de l’autre - Maudite soit la productivité ! Nous réalisons en duo parce que c’est ce que nous faisons de mieux.
Masques et visages, une question d'acteurs ?
Notre film est également à propos de masques et de ce qui se cache derrière, à propos de ce qu’il y a en surface et du possible mensonge. C’est pourquoi les différentes surfaces - les tableaux sur les murs de la maison, les bandages, les visages - sont toutes importantes. Nous voulions que les visages soient beaux et en même temps inquiétants. Tout particulièrement celui de la mère. Pour cette raison, Susanne Wuest, que nous connaissons depuis longtemps était le choix parfait.
Pour les jumeaux, nous recherchions une forme d’innocence qui puisse également révéler des failles. Lukas et Elias Schwarz, alors âgés de 11 ans, ont été parfaits. Nous les avons trouvé après avoir auditionné 240 jumeaux. Ils ont grandi à la campagne et n’ont peur de rien, tout en dégageant une certaine fragilité. Nous avons été fascinés par cette combinaison.
Un terrain de jeu, une question de réalisation ?
Les acteurs n’ont pas eu de scénario - même si nous voulions que les scènes restent aussi proches que possible que celles du scénario d’origine. Cela semble contradictoire, mais cela a permis aux garçons de s’immerger doucement dans l’histoire, comme si c’était un jeu. Une semaine avant le début du tournage, nous avons déménagé dans la maison. Nous l’avons complètement redécoré : les chambres ont été reconstruites, 54 stores vénitiens ont été spécialement installés, un champ de maïs a été planté. Tout devait être prêt pour que les garçons ne perçoivent pas la maison comme un énorme plateau de tournage. C’était important pour nous qu’ils aient le sentiment d’être dans une vraie maison et non sur un plateau.
Là-bas, nous avons vécu avec eux, mangé, joué, dormi avec eux, sans penser au scénario. Nous avons alors débuté le tournage de manière chronologique. D’un jour à l’autre, les garçons ne savaient pas ce qui allait se passer dans l’histoire et avaient hâte de le découvrir. Nous avons tout fait pour que cela ressemble à un jeu, nous laissant le temps nécessaire pour le faire. Parfois, l’équipe entière, au lieu de tourner, nous observait faire des batailles de pommes de pin.
Etre libre, une question de producteur ?
Ulrich Seidl est un réalisateur reconnu; en tant que producteur, c’est un cadeau ! Il a compris notre besoin de liberté pour développer et porter nos idées. Il ne nous a jamais fait ressentir que nous avions une pression financière. Au contraire, il a toujours insisté pour que nous fassions ce que nous pensions être le mieux, même quand cela était compliqué ou représentait un risque financier pour la société de production. Il a été merveilleux pour rendre les choses possibles.
Tourner en 35mm, une question de méthode ?
Pour nous, un visage filmé en 35mm exprime plus de vie, mais aussi plus de mystère, qu’un visage filmé en numérique. Tourner en 35mm n’est pas qu’une question d’esthétique, mais aussi de méthode. Cela nécessite plus de concentration dans son travail, parce qu’on ne peut pas laisser la caméra tourner des heures jusqu’à la fin. Chaque bout de pellicule coûte de l’argent. Sans notre directeur de la photographie, Martin Gschlacht, nous n’y serions jamais arrivés. C’est un des chefs opérateurs les plus renommés d’Autriche mais il reste incroyablement curieux et accueille chaque nouveau film à bras ouverts.