La scène que vous avez préféré tourner ?
Celle où Lois rencontre Mallory pour la première fois : les trois personnages principaux sont enfin réunis. J'ai décidé à la dernière minute d'en faire un plan-séquence en travelling qui a apporté beaucoup de spontanéité à la scène.
Les plus grosses difficultés à surmonter ?
Nous tenions à tourner en décors naturels par souci d'authenticité, et le bruit des klaxons des trains de marchandises et des bateaux sur le Mississippi était incessant ! On les entend partout dans le film : un bruit d'ambiance inégalable, que James commente d'ailleurs à l'écran, dans la scène de nuit avec Kristen. Mais ces bruits se sont avérés particulièrement gênants une nuit où j'avais décidé de tourner à nouveau une certaine scène entre James et Melissa : nous avons terminé au milieu des sirènes et des gyrophares de pompiers. Voilà ce qu'on appelle des "forces incontrôlables" ! Mais c'est aussi ce qui rend l'aventure si excitante.
L'anecdote la plus marquante ?
Nous tournions à la Nouvelle Orléans, dans le quartier de Bywater, situé entre le Quartier Français et Neuvième District, qui a été ravagé par l'ouragan Katrina. Il était 2 heures du matin et la nuit avait été longue. Nous étions sur une plateforme mobile, en train de tourner une scène intense entre Doug et Mallory. Comme toujours à la Nouvelle Orléans, il y avait encore beaucoup de monde dans les rues. En nous approchant d'une station-service, nous avons remarqué des gyrophares et une foule réunie sous une lumière aveuglante. Un silence de mort baignait toute la scène. Tout à coup l'horreur nous a sauté aux yeux : un jeune homme se tenait à genoux, la tête contre le sol, dans une étrange posture de soumission, et un policier le pointait avec son arme. Au premier abord, on aurait pu croire à une scène d'arrestation, jusqu'au moment où nous avons remarqué une immense flaque de sang tout autour de la tête de l'adolescent. Un peu plus loin, un autre jeune homme gisait étendu le long de la cabine de la station, du sang éclaboussé sur le mur derrière lui. Dans un moment d'ironie glaçante, les badauds et les policiers se sont retournés pour regarder passer notre véhicule de tournage, harnaché de projecteurs et de caméras, alors que nous les fixions avec le même regard stupéfait. Nous avons appris par la suite que les deux adolescents avaient fumé du crack coupé au formaldéhyde qui les avait rendus totalement enragés et qu'ils s'étaient défoncés le crâne en se tapant eux-mêmes la tête sur le bitume. Au cours de cette nuit tragique, la limite entre la fiction et la réalité avait disparu.