On l'a à peine quitté vieux beau discrètement rongé par l'amour dans Un balcon sur la mer de Nicole Garcia que l'on retrouve Toni Servillo au premier plan de Una vita tranquilla,dans la compétition du Festival (sortie en salles le 16 Mars 2011). L'acteur a déjà, pour ce film, signé Claudio Capelluni a reçu un prix d'interprétation mérité au Festival de Rome 2010.
Plus que le scénario, solide, sans plus, c'est en effet la présence du comédien qui donne au film une consistance toute particulière avec une partition classique d'homme rangé à la vie sans histoires qui cache une autre identité et un autre tempérament. Derrière le restaurateur Rosario qui tient une auberge dans un coin retiré de la campagne allemande se trouve un ancien ponte de la mafia. L'homme aux deux visages voit sa vie basculer lorsque deux jeunes italiens débarquent dans son établissement sans crier gare. La tension s'installe, pas très loin de la tragédie, qui accélère le récit dans sa dernière partie. Le film aurait sans doute eu une plus ample dimension en développant le thème qu'il trace en filigrane, celui du sacrifice et de la paternité déchirée. Tel quel, il repose presqu'entièrement sur le comédien qui fait de son personnage, tout en maîtrise et opacité calculée, un troublant déraciné, éternel errant sans attaches, poursuivi par la mort qu'il a trop fréquentée.
En avant-programme, le court-métrage Desire d'Andrew Pautz, Canadien de Toronto établi en Grande-Bretagne, a fait son effet. Dix huit minutes tendues où, sur le fil d'une seule situation (une inconnue qui surgit dans un pavillon, traverse le jardin et y perd son téléphone portable), la vie d'un personnage se dessine, se lézarde et laisse s'engouffrer une imaginaire fiction. Très construit, sans temps morts, Desire a été tourné en deux jours (!), avec une caméra Red. Ce qui n'a aucune importance en soi mais marque en tous cas le fort tempérament d'un jeune cinéaste qui n'a rien laissé au hasard et dont le film atteint parfaitement son but, entre la vivacité du montage, la précision de l'éclairage et la sensibilité des acteurs.
Philippe Piazzo
Una Vita tranquilla : mercredi 26 janvier au Gaumont Variétés d’Angers à 22h.
> A voir également pendant le Festival Premiers plans, et aussi sur UniversCiné :
La Femme défendue de Philippe Harel, présenté par Isabelle Carré : mercredi 26 janvier au Gaumont Variétés à 17h